‹ Parades inédites [par] Th.S. Gueullette. Avec une préfChapitre 4 sur 109 · Comédienne de la troupe italienne et tante du défunt · texte numérisé non relu

Comédienne de la troupe italienne et tante du défunt

PREFACE

Monsieur,

J'ai une grâce à vous demander qui est de conséquence et que vous ne me refuserez pas, à ce que je crois. Il m'est impossible de sortir et j'ai grand besoin de parler à M. Pacrau *. Je vous prie instamment de vouloir bien l'amener ce soir à la comédie, car periculum est in mora.

Je suis fasché, Monsieur, de la peine que je vous donne, mais je compte toujours sur votre complaisance.

Je vous prie d'assurer de mes respects Madame et toute votre famille, et je suis parfaitement, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

J. Riccoboni.

Ces deux échantillons suffisent pour établir la nature des rapports qui existaient entre Gueullette et les comédiens. De même, les renseignements donnés plus haut permettent de conclure, avec Henri Nicolle, que le théâtre fut l'objet des constantes préoccupations du magistrat lettré. Il en fouilla les origines, il en suivit curieusement les progrès en France; et si, personnellement, il n'utilisa pas tous ses documents sur la matière, il en fit généreusement profiter les autres.

A l'appui de mon dire et pour prouver que le goût du théâtre était inné chez Gueullette, je veux mentionner le prix qu'il remporta au collège de La Marche, le 1 1 août 1700, à la fin de sa rhétorique.

Le certificat signé H. Delapierre, presbyter sacrœ facultatis Parisiensis,doctor theologus, etc., etc., porte la

l. Lisez Pasquereau , caissier du receveur de la ville. C'était l'un des acteurs des parades, chez Gueullette.

PREFACE XI

légende suivante... : Notum facio , ingenuum ac optimœ spei adolescentem , Thomam Simonem Gueullette, in rhetorica auditorem, tam belle, tam scite, tamque egregie principem in tragœdia et infimam quoad nomen in comœdia sustinuisse personam ut omnium lœtas acclamationes festivasque gratulationes meritus sit, eoque nomine a nobis in theatro solemniter et publiée hoc prœmio donatus sit et corona.

Thomas Gueullette, sur les bancs du collège, jouait donc la comédie de façon à conquérir des couronnes aux acclamations de ses condisciples. Il est trop modeste pour se vanter de ces triomphes précoces dans sa Préface pour les Parades. Cependant, il confesse qu'un jour où ses amis et lui représentaient devant une compagnie très brillante, il remplit sans répétition un des rôles du Joueur « qu'il possédait de mémoire ». Une aptitude si singulière justifie de reste le prix du rhétorU cien ; elle explique aussi le plaisir qu'il éprouva plus tard à tenir les plus longs emplois dans les spectacles d'amateur.

Ce qui fait comprendre, en particulier, la prédilection de Thomas Gueullette pour la parade, c'est son caractère essentiellement jovial. Il avait pris pour devise : Dulce est desipere in loco, et ne dédaignait pas, en effet, de faire le fou à l'occasion ; tournant fort galamment le couplet, aimant la table en fin gourmet et riant de bon cœur de ce qui lui semblait primesautier, original et plaisant.

Ne croyez pas, néanmoins, que, dans les parades, le côté grivois fût le seul qui séduisît Gueullette. Il était sollicité, avant tout, par l'attrait de la curiosité littéraire; en agissant avec elles comme avec les canevas du grand Dominique, à cette différence près qu'il se contenta de réunir ces derniers, tandis qu'il rédigea les

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