PREFACE XVII
nos spectacles. Nous donnions le bal ensuite; cela formoit des nuits blanches dont on paroissoit fort content, et nos amusemens produisirent à la Grande, alors la plus fameuse hostellerie d'Auteuil, plus de 200 pistoles. Ce n'est point gasconnade; elle-même nous en assura, et cela est croyable, si l'on réfléchit que presque tous les spectateurs y soupoient, s'y masquoient et passoient le reste de la nuit qu'ils n'employoient pas à danser.
D'acteur Gueullette ne tarda pas à devenir auteur; c'est lui-même qui va nous l'apprendre dans sa préface :
Ce fut à l'occasion de ces pièces italiennes que M. Dumont, le fils, m'engagea à disposer un canevas de trois petits actes pour luy, son frère et moy. Tout y estoit extrêmement vif, comique et nouveau pour la compagnie qui estoit, ce jour-là, très brillante chez M. Chevallier. L'on en parut aussi content que des trois parades qui furent fort bouffonnes...
La place de notre préfacier se trouvait marquée désormais dans la troupe :
Dès ce moment, écrit-il , on me crut capable de figurer avec ces messieurs, en cas de besoin, et, à l'exception du personnage de Gille, on jugea que je pouvois doubler tous les autres.
Je passe à dessein les différents rôles. Les acteurs nous étant déjà connus, insister sur leur emploi de fantaisie intéresserait médiocrement le lecteur. Ce qu'il est plaisant de rappeler, c'est l'anecdote qui servit de point de départ à la carrière de Gueullette comme paradier. On y verra que, pour porter la toge avec une gravité parfaite, lui et ses amis n'en étaient pas moins, le cas échéant, de joyeux compères.