‹ Paradis laïquesChapitre 16 sur 42 · Journal VAssocUiion ouvrière, J5 avril · texte numérisé non relu

Journal VAssocUiion ouvrière, J5 avril

gleterre, le 18 juillet 1898, Zola ne possédait que des aperçus fort vagues sur le fouriérisme, mais il se fit envoyer dans sa retraite Solidarité, par Hippolyte Renaud, que M. Noirot venait de rééditer i.

Il lui ce livre. Et soudain, dans la forêt ténébreuse du doute, s'ouvrit Fallée au bout de laquelle resplendissait la Cité future.

L'effet de cette apparition est exprimé dans Travail, et nous pouvons conclure des émotions ressenties par Luc Froment à celles de Tauteur ou réciproquement. L'évangéliste laïque, lid aussi, a connu toutes les horreurs de PEnfer terrestre. Les lamentations qui le poursuivent dans son insomnie ne sont pas seulement celles des grévistes de Beauclair, elles s'exhalent de Germinal^ de la Débâcle^ de Y Assommoir^ de la Bête humaine^ de la Terre. Pour attendre le sonmieil, Luc, lui aussi, lit Solidarité. Quand il ferme ce livre, les plaintes qui troublaient la nuit se sont tues. L'enfer s'enfonce dans le passé.

Zola prend des précautions pour atténuer l'ignorance en matière de socialisme qu'un tel coup de théâtre fait attribuera Luc. L'Évangéliste a beaucoup de lecture. Fourier, Saint*Simon, Auguste

1. Solidarité. Vue syntMtiqne sur la doctrine de Ch. Fou, rier, par Hippolyte Renaud. ParU, Bibliothèque phalanstérienne (Association d'ouvriers peintres : Le Travail;, 1898.

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Comte, Proudhon, Cabet, Pierre Leroux, lui sont familiers^ au moins dans l'essentiel de leurs doctrines ^. Et Solidarité ne lui apprend rien. « Il savait^déjà, nous dit-on, toutes ces choses, il les avait lues dans les œuvres du maître... Dans quelles dispositions d'esprit était-il donc, à quelle heure décisive de sa destinée se trouvait-il, pour que son cœur et son cerveau fussent possédés, acquis d'un coup à la certitude * ? » — Des dispositions miraculeuses, — répondrons-nous. La grâce opérait en lui par un procédé surnaturel. Il y a là un miracle qui n'eût pas existé sans l'érudition du jeune Froment. Lui et les siens sont tourmentés depuis longtemps par le spectacle de la misère humaine, il connaît toutes les doctrines qui tendent à la supprimer, il est intelligent autant que généreux, d'où nous devons conclure que sa raison avait retourné sous toutes ses faces le problème social, sans oublier le fouriérisme au cours de ses fréquentes investigations. Si Luc n'a point songé aux remèdes préconisés par Fourier j c'est donc qu'il les jugeait consciemment sans valeur. Voici qu'une seule nuit les change en panacées 1 Dieu ne s'y prendrait pas autrement pour faire de l'action directe, et nous surprenons encore Zola en flagrant délit de mysticisme. On

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