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semble bien qu'il provienne d'une confusion entre la puissance et l'énergie. Une énergie d'un chevalheure^ le travail mécanique produit pendant une heure par une puissance d'un cheval, est égal au travail pendant une seconde d'une puissance de 3.600 chevaux, au travail pendant un millième de seconde d'une puissance de 3.600.000 chevaux. Ce dernier mode de travail correspond sans doute à l'emploi d'un explosif formidable, mais cela ne fait pas que des 3.600.000 chevaux capables de se déchaîner en un effort instantané, on puisse jamais tirer plus que le modeste cheval-heure. Si l'explosif est composé de matières fabriquées, ces matières auront absorbé de Ténergie pour leur fabrication*, donc l'énergie de l'explosif lui-même a chance de revenir assez cher. Mieux vaut un produit naturel, ou presque naturel. Nous le possédons ; c'est le mélange d'air et de vapeurs de pétrole. Les moteurs à pétrole, excellents moteurs à explosion, ne semblent pas avoir révolutionné les conditions du travail, bien qu'ils aient rendu possibles d'admirables inventions. Faut-il d'ailleurs tant souhaiter le travail à domicile pour les ouvriers î On en doute^ Isolé, le travailleur ne

1. La nitroglycérine, par exemple : dépense d'énergie pour la fabrication de Tacide azotique, pour l'extraction de la glycérine des graisses et surtout pour la production des graisses sous forme de nourriture donnée aux animaux.

peut guère se défendre contre les pires exploita-» tîons, à moins qu'il n'ait une clientèle immédiate de consommateurs.

En résumé, faillite du bonheur par la science I Cette conclusion cependant ne condamne en rien la science, car ce n'est pas pour le bonheur que nous vivons, mais pour la vie. Tout se passe conmie si la vie était à elle-même son propre but. Remarque évidente, puisqu'elle revient à dire que le monde organique est gouverné par le déterminisme en faveur de la vie, que les races les plus vivantes sont celles qui survivent davantage. On parle en vain du règne de la mort ; si elle frappe l'individu, l'espèce en vit mieux, rien ne pouvant être plus mort qu'ime société d'immortels. Or, si Ton met à parties végétaux, comment définir et mesurer la vie, sinon par l'activité sous toutes ses formes dont l'économique n'est pas la moindre ? Le bonheur joue ici un rôle secondaire • Entre deux peuples, l'un heureux et inerte, l'autre misérable et actif, ce ne serait pas le premier qui dominerait le monde ; bien mieux, il ne pourrait éviter d'être un jour envahi, détruit, absorbé, do-^ miné ou entraîné par le second. Il est même raisonnable de considérer l'avènement du bonheur comme un crépuscule qui s'étendrait sur l'intelligence humaine. Le bonheur, ce serait, entre autres choses, la 5^cwn^^, la stabilité, rendues dé-

finitives. Or, comme Tobserve justement Wells, la vie intellectuelle «est la compensation du changement, du danger et de l'inquiétude. Un animal en harmonie parfaite avec son ambiance est un pur mécanisme. La nature ne fait jamais appel à l'intelligence à moins que l'habitude et l'instinct soient insuffisants. Il n'y a pas d'intelligence là où il n'y a aucun changement, ni besoin de changement. Seuls ont part à l'intelligence les animaux qui ont à affronter une grande variété de besoins et de dangers *. » Si nous devons donc subsister en tant qu'animaux raisonnables, notre loi est la loi d'activité, non la loi de bonheur.

Nul ne peut nier que les progrès scientifiques aient été des progrès d'activité économique.

Condamner la science équivaut à blâmer l'homme de ne vouloir pas redevenir anthropopithèque.

Mais il ne faut pas oublier que l'activité économique, si elle tend à régir le monde, n'est pas cependant la forme la plus haute de notre acti* vite. Elle s'accommoderait, en effet, de Fignorance et du manque de curiosité en tout ce qui ne réalise pas un profit à bref délai. Elle n'utilise les facultés supérieures-de l'homme que dans un domaine très restreint. On peut craindre, avec son excessif développement, que chacun ne devienne un véritable barbare en dehors d'une étroite spécialité où il resterait éminent.

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Fort heureusement, l'activité économique et la science, telle que nons Tavons entendue jusqu'ici avec le gros public, ont besoin de la science pure, de la science désintéressée. Pour rendre possible Tutilisation des forces naturelles par le machinisme, il a fallu que des savants fissent des travaux de laboratoire avec la seule ambition de connaître un peu mieux l'univers. Les grandes inventions industrielles à venir sont aussi conditionnées, de très loin peut-être, d'une manière très détournée, par les efforts des savants actuels. C'est ce que n'ignorent pas les techniciens intelligents qui, par conséquent, favorisent la culture scientifique. D'autre part, les gens du monde et du peuple accordent à la science un respect superstitieux, parce qu'ils la confondent avec l'art de l'ingénieur. Ils en font aussi parfois une religion, croyant qu'on ne supprime jamais une idole que pour la remplacer. Heureuses bévues qui sauvent la science pure.

Elles sauvent par là une grande partie du bonheur réalisable. Si le machinisme, en effet, ne saurait conduire au bonheur social, la science pure est une de ces nobles activités qui procurent quelques instants de bonheur individuel, parce qu^elles sont désintéressées. Le bonheur, en.

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