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LA FBMMB ET L*AMOUB AU PARADIS LAÏQUE

M. Remy de Gourmont à ce propos, de songer ^ la fille de Jephté qui mourut enragée de mourir vierge. M. Léon Blum n'est pas très bien placé pour observer la jeune fille de France. S'il en a connu beaucoup, que cela réjouirait de « faire la noce > avant leur mariage^ je pense qu'elles étaient, elles aussi^ les filles de Jephté et non les filles de M. Dupont ou de M. Durand K »

M. Blum ne saurait faire allusion aux anciennes filles de Jephté qui étaient beaucoup moins ayi^ des de baisers que d'enfants, et même pour les modernes^ il exagère peut-être. Celles-ci existeraient-elles seulement ? Rien n'est stérilisant comme la volupté sans frein. Les jouvencelles lascives qu'imagine M. Blum seraient vraiment bien bêtes de se laisser devenir mères avant trente ou trente-cinq ans, et à cet âge affronteraientelles volontiers les malaises de la grossesse et les affres de l'accouchement ? Leurs habitudes antérieures ne les y engageraient pas. Un enfant pour deux ou trois femmes, voilà tout ce qu'on pourrait espérer dans l'hypothèse physiologique de M. Blum qui aboutit à ce dilemme : n'être pas vraie ou s'appliquer à une race tout de suite éteinte.

l.Remy de Gourmont. Promenàdei philosoptUqnes, Denaiéme $4rie. Société du Mercure de France, 1908, p. 172.

Le paradis de Mahomet sur terre ne pourra se réaliser qu'à Textréme crépuscule de notre espèce. Auparavant, ce seront les races les plus prolifiques qui se prolongeront le plus longtemps et non celles où les femmes nous amuseront le plus.

Gardons-nous donc de monter la tête à nos arrière-petits-neveux 1 ils auraient trop de déceptions.

Partant de prémisses fausses^ le livre de M. Blum perd beaucoup de sa portée. Supposons en effet réalisées les réformes qu'il préconise dans les mœurs. Voici la jeune fille émancipée. Elle prend à son gré un amante des amants, sans encourir le moindre blâme. On n'éprouvera aucune répugnance plus tard à l'épouser. Soit. La question est encore de savoir si son goût La porte à jouir des libertés offertes. Or nous la connaissons tendre^ mais d'appétit sensuel modéré ; elle recherche encore la liaison de durée indéfinie. Abandonnée une fois après avoir consenti des arrhes, elle prendra désormais ses sûretés dans le mariage que M. Léon Blum conserve. Ces mariages supposent^ comme les nôtres^ des déceptions possibles, des adultères. Le système de M. Blum favorise les jeunes filles aux sens torrides, créatures très intéressantes^ cela est certain, mais trop peu nombreuses pour drainer toute la clientèle des prostituées. Il y aura encore.

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à la vérité des jeunes filles qui prendront des Bmants : les bourgeoises trop pauvres pour espérer jamais se marier. Et qui les empêchera de porter leurs préférences vers des amants riches ? Autre forme de prostitution. On voit donc que M.Léon Blum laisse à peu près la société actuelle intacte. Sa révolution reste nominale. 11 n'est subversif que- par les clameurs qu'il sollicite des pruderies effarouchées. Il ouvre la porte d'une cage vide. On le louera cependant, malgré ce geste vain, de déplorer la prostitution, de souhaiter que Ton applique à T homme et à la femme une même justice, de vouloir concilier tous les devoirs avec tous les plaisirs, de s'élever contre le préjugé de la virginité, de prononcer des paroles généreuses. M"' Marcelle Tinayre a donc pu lui décerner ^es suffrages, sauf deux restrictions, assez notables d*ailleurs. En un pimpant article de la Revue du Mois S elle émet des doutes sur la valeur du système de M. Léon Blum pour faire durer la société par des enfants forts et nombreux. Mais ^surtout, reproche plus grave de sa part, elle tîraint que les amours ne fassent tort à l'amour. < Le plaisir sensuel, offert à tous et à toutes, dit-elle, perdra quelque peu du mystère qui le

1. 10 Décembre 1907. Les Livres et la Vie. De V Amour et du mariaffe.

poétise et Tennoblit. Ce sera un sport dgréa^ ble, et rien de plus. Il arrivera peut-être pour l'amour ce qui arrive pour l'art mis à la portée de tout le monde^ vulgarisé et banalisé 1... »

Tout aussitôt cependant, comme un artiste honteux d'avoir semblé mettre en doute le triomphe éternel de son art, elle se reprend et poursuit :

€ Mais je me trompe... L'amour vrai g6U[*dera ses fidèles, et qui sait s'il ne tendra pas^ — par réaction, — à se spiritualiser de plus en plus, à devenir de plus en plus un état exceptionnel quasi miraculeux I L'évolution sentimentale de l'humanité n'est pas finie. >

Pensée fort raisonnable : Tamour peut évo-^ luer encore parce qu'il a déjà évolué. « On croît que l'Amour est le plus ancien des dieux, écri« vait plus haut M»* Marcelle Tinayre. Je pense qu'il est le plus jeune de tous, et qu'il est venu bien tard après l'Éros cruel et charmant du monde antique. » Il date en effet du xiv* ou XV* siècle, comme le précise un éminent historien, parce que c'est en ce temps-là que fut inauguré le culte chevaleresque de la Dame,

Concluons de tout cela que les romans d'amour fleuriront encore au paradis laïque • Pour l'amour lui-même on ne peut pronostiquer grand'chose, car il demeure dans le secret. Il n'a

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