AVENUS
phe. C'est affaire à lui d'avoir la patience d'attendre que la propagande antimilitariste lui ait acquis le plus grand nombre des soldats. Pourtant, le gouvernement a un moyen très simple de parer à ce danger : qu'il supprime Tarmée et la remplace par une gendarmerie forte de cent à deux cent mille hommes avec du canon. Si l'étranger profite de la circonstance, on lui cédera : mieux vaut pour une société essuyer un échec diplomatique, ou s'alléger d'une colonie ou subir une rectification de frontières que de trépasser. On verra ainsi, ô ironie du sort 1 la bourgeoisie se protéger par Tantipatriotisme contre l'antipatriotisme prolétarien. Mais ne chicanons pas. Le gouvernement sera trop aveuglé pour prendre les mesures de salut. Admettons-le. La cécité indéfinie du pouvoir n'est point une impossibilité.
Mais les syndicalistes se confondent avec les échafaudeursde nuées dont ils se moquent le plus quand ils se figurent que le triomphe de la C. G. T. suffira pour réorganiser la société.
€ La grève générale, dit Griffuelhes,... n'est pas pour les milieux ouvriers le simple arrêt des bras ; elle est la prise de possession des richesses sociales mises en valeur par les corporations, en l'espèce les syndicats, au profit de tous *. »
1. Victor Griffuelhes. V Action syndicaliste. Paris, Marcel Rivière, 1908, p. 33.
Emile Pouget précise encore :
€ La grève générale... ce refus de continuer la production dans le plan capitaliste... sera concomitant à la prise de possession de l'outillage social et à une réorganisation sur le plan communiste, effectuée par les cellules sociales que sont les syndicats ^ »
Le même auteur connaît la Cité Future syndicaliste au point de nous apprendre ce qui remplacera le pouvoir municipal :
€ La Bourse du Travail est, en devenir, l'organisme qui, dans une société transformée, où il n'y aura plus possibilité d'exploitation humaine, se substituera à la municipalité '. »
Rappelons que, dans la société actuelle, la Bourse du Travail est le groupement des syndicats par villes et non plus par métiers comme le sont les Fédérations de Syndicats.
— Évidemment, songerez-vous, les syndicalistes se préparent. Ils cherchent, dans les coopératives ouvrières de production, dans les sociétés en participation de bénéfices, à s'initier à la pratique de l'organisation économique. Vous n'y êtes pas. Les syndicalistes (il s'agit toujours ici des nôtres) sont en froid avec les associations
1. Emile Pougel.La Confédération Générale du Tr&v&iL Paris, Marcel Rivière, 1908, p. 47-48.