‹ Paradis laïquesChapitre 7 sur 42 · Ibid., pp · texte numérisé non relu

Ibid., pp

3. H. Renaud ; Solidarité, Vue synthétique de la, doctrine de Fourier. Paris, 1842, pp. 137-141.

s'ajouter à vos pièces de terre en même temps qu'un enfant à vos enfants. C'est un miracle*

Vous demandez une expKcation ? hommes de peu de foi 1 La religion laïque a des mystères impénétrables, comme la religion religieuse. Adorez, n'approfondissez pas. Acceptez sans discussion les vérités que vous énumère Mathieu rÉvangéliste. Si vous tardez à engendrer, vous serez stérile au moment où vous souhaiterez ne plus l'être. Si vous cessez d'engendrer, vous perdrez les enfants que vous avez déjà eus. Quand un ménage amoureux se prive de rejetons, le mari devient aveugle et la femme est assassinée dans un terrain vague par un pupille de TAssistance publique. En revanche, les fils nombreux d'un couple fécond sont tous vigoureux, il n'en est pas un qui ne trouve une situation brillante, et les filles font d'excellents mariages ; les couches de leur mère ont été d'autant meilleures qu'elles se sont répétées plus souvent, car, pour deux ou trois mauvaises couches, la moyenne des couches s'améliore à mesure que leur nombre dépasse davantage le nombre trois.

Zola se laisse de la sorte entraîner par le procédé lyrique. Lui, libre penseur, il châtie ou rémunère les individus avec une grande exactitude, mais en imitant les procédés les moins naturels de la Providence. On se rappelle peut-être This-

toire d'un petit garçon nommé Arthur qui, pour la rime, aimait trop les confitures, 11 aurait dû être puni de sa gourmandise par une indigestion, comme Texige la justice laïque. La justice religieuse, qui opère par des voies beaucoup plus détournées, en décide autrement : Arthur met une chaise sur une table,un tabouret sur la chaise, et lui-même gravit cet édifice au sommet duquel il se dresse encore sur la pointe des pieds pour atteindre un pot de confitures, objet de ses convoitises. Naturellement, tout s*écroule. Arthur a péché par le ventre, il se casse le bras. Beaucoup de progéniteurs parcimonieux sont punis par Zola d'une manière analogue. Ils souffrent de malheurs accidentels qui pourraient fort bien leur arriver s'ils n'étaient pas malthusiens.

L'erreur de Fécondité est de s'appesantir sur les sanctions individuelles là où il n'y a que des sanctions collectives. L'observation et le bon sens les plus communs nous apprennent que les mères peuvent cesser (Tattendre des bébés sans compromettre en rien leur bonheur domestique ni leur santé. Quand les ménages ont obtenu le nombre d'enfants qu'ils estiment convenable, on n'a donc aucun intérêt particulier à leur faire valoir pour augmenter ce nombre. On se voit réduit à demander : — Un petit de plus pour la patrie, s'il vous plaît. — Beaucoup de parents pensent-

ils à la France au moment où se discute entre eux l'affaire de la procréation ? Nul ne le croira. La préméditation patriotique dans les alcôves est à coup sûr un fait exceptionnel, même pour les prolifiques Allemands. Il n'en est pas moins vrai que la fécondité humaine est une question d'importance au point de vue national. Nous ne pouvons aborder ici tous les problèmes que Ton soulèverait à ce sujet.

Nous en sommes au paradis laïque. Il s'agit de considérer, non point la prospérité globale d'un pays, mais celle de la classe ouvrière, ce qui n'est pas la même chose, puisqu'un pays serait riche relativement aux autres avec mille milliardaires et vingt millions de salariés presque réduits à la famine. Est-il bon pour ses intérêts particuliers que le prolétariat engendre à force ? Non, répond Zola, mais la faute en est au régime capitaliste. Sous le règne de la justice, au contraire, les ouvriers seront d'autant plus heureux qu'ils auront plus d'enfants. Zola n'appuie d'ailleurs son dire que sur l'abrutissement actuel des travailleurs. Ceux-ci procréeraient tout simplement comme les animaux, ou du moins avec la même insouciance. Us réfléchiraient bien quelquefois, mais les soûleries des soirs de paye rendraient à la paternité toutes ses chances. Beaucoup de raisons feront penser que cette vue n'est pas entièrement

juste. En particulier, il parait étrange que Talcoolismesoit tout ensemble une cause de stérilité en Normandie et de fécondité dans les centres industriels. Le plus probable est que l'ouvrier serait malthusien, tout comme le Normand, s'il y trouvait des avantages personnels. L'un accepte des enfants qui apporteront quelques sous de plus à la maison, pour l'autre une paire de bras nouvelle rapporte moins que ne coûte une bouche nouvelle. L'homme désire les joies de la famille, mais une fois ce vœu satisfait, à quoi un ou deux enfants peuvent suffire, l'intérêt devient le mobile principal. C'est là l'opinion qu'a soutenue M. Pierre Mille dans un article de la Revue de Paris, et nul ne m'a semblé mettre plus de sagesse ni de méthode scientifique à traiter ce capital sujet. D'ailleurs,accompagnée ou non de prévisions intéressées, la fécondité ouvrière est toujours un crime évident de lèse-prolétariat. Car s'ils imitaient le malthusisme de la plus honnête bourgeoisie, les ouvriers donneraient à leurs enfants une situation très forte ; la main-d'œuvre, devenue plus rare, imposerait ses conditions, et les objets manufacturés nécessaires aux travailleurs pourraient ne pas augmenter de prix grâce à une extension du machinisme. Mais les socialistes ne conseillent guère à leurs clients d'être moins prolifiques. Jugent-ils aussi difficile d'obtenir un

enfant de moins dans Tintérêt d'une classe qu'un enfant de plus dans Tintérêt d'une patrie ? Ou encore craignent-ils de diminuer le nombre des ouailles réservées aux prédicateurs laïques de la prochaine génération ?

Spéculons cependant sur la société future où régnera enfin la justice. La justice aurait beau couper la richesse commune en parts strictement égales, la part des consommateurs les moins favorisés sous le régime capitaliste s'accroîtrait de fort peu. L'humanité civilisée est donc pauvre. Elle naîtra pauvre à la justice. Et la justice ne lui suffira plus ; on réclamera la richesse. Tripler, quadrupler la force productive de chacun, sera tout juste suffisant, puisqu'on se reposera davantage et que les besoins croîtront très vite avec raffinement produit par une éducation intense et générale. S'il fallait, en outre, faire alors face à un pullulement humain considérable, on ne voit pas ce que celui-ci ajouterait à la prospérité. L'Evangile selon Luc écrit cependant pour les habitants de la Cité Future : — Croissez et multipliez au décuple et la terre produira au centuple. — C'est là une parole empreinte de mysticisme. D'autant qu'ici les patries n'ont pas besoin de défenseurs : au paradis fondé par Luc Froment l'histoire seule connaît la guerre.

Cet évangéliste s'écrie à chaque instant :

— Mais ils n'aiment pas ? S'ils aimaient, tout serait fécondé, tout pousserait et triompherait sous le soleil * !

De quel amour parie-t-il? On suppose d'abord que c'est de la fraternité humaine évidemment si désirable pour instituer et entretenir un ejffort commun. On se trompe. Il s'agit de l'amour le plus propre à brouiller les gens d'un même sexe. Luc aimeJosine, maîtresse, puis femme de Ragu, ouvrier brutal. Celui-ci, embauché à la Crècherie, n'est point trompé d'abord par sa compagne, mais un beau jour Josine tombe dans les bras derÉvangéliste. Naturellement encore, un enfant s'annonce à la suite de ces relations intimes, car les baisers d'un Froment ne sauraient demeurer stériles, et Ragu, qui pratique le malthusisme intégral, se trouve ainsi renseigné. 11 est jaloux. Il se venge par un coup de couteau donné à son rival et disparaît. Luc en réchappe, grâce aux soins de Josine qui le rejoint pour ne plus le quitter et va bientôt accoucher tout près de lui* Il tiendra, croyez-vous, le discours suivant : —

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