‹ Paradis perdu (volume 2)Chapitre 9 sur 131 · LIVRE VI. If · texte numérisé non relu

LIVRE VI. If

» Mais les maux sont affreux, mais la douleur cruelle

,» Emporte le courage et la force avec elle,

» Celui donc qui pourra « par des moyens nouveaux i

» Assurer nos succès et perdre nos rivaux ,

» Mérite ^ à mon avis , même reconnaissance

» Que Fauteur généreux de notre délivrance. »

« £h bien^ répond Satan, d^un regard composé» » Ce grand secret par toi sagement proposé , » Satan Ta découvert, et vient vous en instruire. » Qui de vous, à Taspect de ce brillant empire , » Paré de fruijts, de fleurs, d^or et de diamants, p D^un œil assez distrait parcourt ces ocnements, » Pour {le pas découvrir qu^en ses sombres retraites » La terre en cache aux yeux les semences secrètes? » La , des êtres futurs les éléments nombreux , » De la terre en travail nourrissons ténébreux, » Principes encor bruts, masse encore indigeste, » Attendent pour mûrir que la clarté céleste, » Les couvant lentement dans leurs berceaux obscurs , » Les rende plus parfaits, plus brillantsT et jdus purs. » Parmi ceux qu^en son sein cache».ig|bîme immense, » Plusieurs des feux d^Enfer recèlent la semence ; » Il faut nous en saisir :.au fond d^un tube creux ' » La flamme à peine aura touché leur& grains poudreux^ » Soudain du feu captif la puissance terrible » Tonnant, se déchaînant; avec, un bruit horrible,

♦ î8 PARADIS PERDU,

» De loin élancera des globes meurtriers :

» Sous leur^ coups vous verrez tomber des rangs entiers ;

» Ils craindront , aux éclats de la fatale poudre ,

» Que nos mains au Très-Haut n'aient arraché le foudre ,

» Ce foudre épouvantable , et de qui la fureur

» A pu seule à Satan inspirer la terreur.

» L'ouvrage n'est pas long : demain avant Taurorc

>» Vos yeux charmés verront ces prodiges éclore.

» Reprenez donc Tespoir , et bannissez l'effroi :

» Qui peut désespérer combattant avec moi ?

» Allons , courons apprendre à ce maître du monde

» Ce que peut la valeur , lorsque l'art la seconde. »

Ainsi parle Satan ; et son génie affreux ^ Conseille à ses guerriers ce foudre désastreux , Exécrable instrument , stratagème perfide , Qui rend la mort plus sûre et son vol plus rapide. Et faut-il s'étonner que l'auteur de nos maux , Satan , ait inventé ces tonnerres nouveaux ?

Dieu lui-même étouffa cet art dans sa naissance ; Depuis il le permit pour servir sa vengeance , Et lorsqu'enfin le crime eut fatigué ses traits , Par nos propres fureurs châtia nos forfaits.

Ce tonnerre infernal gronda dans les batailles , • Foudroya les guerriers , renversa les murailles : Ainsi grondent encor sur l'homme audacieux Les foudres de la terre et les foudres des Cîeux.

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