‹ Paradis perdu (volume 2)Chapitre 102 sur 131 · LIVRE XL · texte numérisé non relu

LIVRE XL

^ Adieu ^ riant Édcn! plaisirs trop courts , adieu! »

A ces accents plaintifs , le ministre de Dieu Répond d'un ton sévère : « Eve , cesse tes plaintes; » D'un courroux mérité tu ressens les atteintes; » Tu dictas ton arrêt en violant ta foi ; » Regrette moins des biens qui ne sont pas à toi ; » Pars : Adam te suivra ; votre offense est conmiune ; » Soyez )oints par l'amour , comme par l'infortune. » Partagés avec lui , tes maux seront plus doux ; » Ta patrie est partout où sera ton époux. »

Il dit ; Adam se calme ; il revient à lui-même » Et s'adresse en ces mots au ministre suprême : « O toi , qui que tu sois, noble habitant des Cieuxt » Tant d'éclat nous apprend ton titre glorieux ; i* Ah , qu'en exécutant ta charge rigoureuse , » Tu sais bien tempérer cette loi douloureuse ! » Sans un accent si doux , l'arrêt de notre sort » Peut-être au même instant nous eût donné la mort. » Eh! quel plus grand malheur pouvais-tu nous apprendre- » Que le fatal décret que nous venons d'entendre? » O lamentable exil! hélas f nos yeux charmés » A ces champs patemek étaient accoutumés :

» C'étaient nos derniers biens , nos délices dernières* » Où fuir? où promener nos jours et nos misères? » Hors d'ici , je ne vois que des déserts affreux : » Ils nous sont étrangers , nous le sommes pour eux.

> Si je poorais fléchir ce maîlre que j^adore » j» dirais, je le prirais, Timplorerais encore:

» Mais que poorraient mes Toeux ! hélas! il n^est pins ten^ : » C^est c^f^wser mon souffle an souffle des anians;

> Et , frappant vainement son oreille indignée ,

> S^Ia jHrierc vers moi reviendrait dédaignée.

> Eh Inen! je me soumets, j^obéis à mon Dieu ;

> Mais ma plus grande peine > en quittant ce bean lien ^ » Ah! c^est d'être exilé de sa sainte présence.

> Du moins si je pouvais , pour charmer son absence ; » Revenir quelquefois dans ce séjour sacré 1

y^ Partout où je Tai vu , je Taurais adoré ;

» Des œuvres de ses mains, des bienfaits de sa grâce,,

» Partout mon œil avide eût recherché la trace.

y> A mes jeunes enfants , à mes côtés as&b ,

9 Je Teusse encor rendu présent par mes récits.

» Sur ce mont ( rien n en peut effacer la mémmre } ^

» O mes fils^ leur dirais-je , il parut dans sa gloire ;

yt Parmi ces pins touflus nous ouïmes sa voix ;

j» Souvent il m^apparut dans Tombre de ces bois;

y* Au bord de cetie source il reçut mon hommage.

» Des cailloux du ruissean , des gazons du rivage y

y* Je dresserais pour lui de rustiques autels :

» Mes mains y. j)orteraient des tributs solennels ;'

^* Et les plus belles fleurs, la myrrtie la plus pure^

» Ofiriraient leur encens au Dieu de la nature^

LITRE XI. a6î

':» Mais dans mon lieu d'exil , froids et sombres climats ; a» OÙ trouver sa présence , où rencontrer ses pas ? » Disgracié par lui , son courroux me renvoie. » Que dis-jc? à mes chagrins se mêle quelque joie : » Il pardonne , il diffère un trépas mérité ; y> Il me promet de vivre en ma postérité.

» Si son courroux punit , sa clémence fait grâce r 3 De loin mon œil encor peut adorer sa trace , > Et , dans ce monde obscur , du trône de mon roi y X Quelques rayons encor peuvent tomber sur moi. » « Bannis , répond Michel , une peur qui roffensc ; » Crois-tu qu'à ces jardins il borne sa présence? » Non : son immensité remplit tout l'Univers ; » Il commande sur l'onde , il règne dans les airs ; » Sur le globe terrestre étend sa main puissante ; » Par lui respire l'Homme, et végète la plante ; » Par lui de ce séjour l'empire t'est donné.

» Mais à ce cercle étroit crois-tu qu'il soit borné? » Peut-être ton Ëden , capitale du monde , » Eût été le berceau de ta race féconde ; » Et tes yeux auraient vu mille peuples divers » \enîr t'y reconnaître au nom de l'Univers , » Adorer leur monarque et révérer leur père»

» Tu perds avec Eden cet avenir prospère ; » Ton crime t'a ravi ces destins triomphants. » Dans un monde moins pur , toi , tes fils , leurs enfants ,

aGG PARADIS PERDU,

» Ensemble foulerez une terre mains belle ;

» Mais ton Dieu t'y suivra , te prendra sous son aile,;

» Et favorisera ta faible humanité

» Des rayons consolants de sa divinité.

» Pour te convaincre mieux , pour dissiper ta crainte ^

» Avant que sur mes pas tu quittes cette enceinte ,

» Je veux te dévoiler , moi , l'envoyé des Cieux ,

» Quel destin attend l'Homme et ses derniers neveux ;

» De bonheur, d'infortune, incroyable mélange!

» Tu verras tour à tour le vice dans la fange ,

» La vertu dans le Ciel , le bien auprès du mal ;

» Et l'empire céleste et l'empire infernal ,

» Tour à tour s'arrachant , se cédant la victoire.

» Si tous ces grands tableaux restent dans ta mémoire ^

» Ces spectacles frappants de triomphe et de deuil

» Par un utile effroi contiendront ton orgueil ,

» T'apprendront à souffrir , dans ta mâle sagesse ,

y> Les biens sans insolence et les maux sans faiblesse ;

» Et , d'un sort inconstant suivant en paix le cours ,

» Tu marcheras tranquille au terme de tes jours.

» Vois ce mont élevé , c'est là qu'il faut me suivre ;.

» Et , tandis qu'en ce lieu ton épouse se livre

» Au sommeil que mes mains ont versé sur ses yeux ^

» Viens connaître le sort que t'apprêtent les Cîeux. »

« Je ne balance point ; je te suis , sois mon guide , » Lui répondit Adam ; ma constance intrépide

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