‹ Paradis perdu (volume 2)Chapitre 103 sur 131 · LIVRE XL · texte numérisé non relu

LIVRE XL

» Déjà court au-devant des maux que je prévois ; » Quel qu'en soit le fardeau , j'en accepte le poids ; » Et , dans ces durs sentiers marchant avec courage , » J'arriverai sans crainte au terme du voyage. »

Tous deux au même instant s'avancent vers les lieux Où le vaste avenir va s'ouvrir à leurs yeux.

Au sommet du jardin est une vaste plaine , D'où l'œil j du monde entier possède le domaine : C'est l'étemel séjour de la sérénité.

Moins fier de sa hauteur , moins brillant de clarté , Etait ce mont fameux où l'artisan du crime Porta le fils de Dieu , quand du haut du sa cime Il montrait à ses pieds les royaumes divers , Et promettait le monde au Dieu de l'Univers.

Ainsi les yeux d'Adam commandaient à l'espace. Cependant aux tableaux que son regard embrasse j Bientôt vont succéder des spectacles plus grands ; Mais il faut pour les voir des regards pénétrants. L'Archange raffermit sa débile paupière ; Et pour la délivrer d'une A^apcur grossière , 11 y verse le suc des puissants végétaux , Et du fleuve de vie y mêle encor les eaux.

Adam voit la lumière , une rapide flamme Court ainsi que ses yeux illuminer soft âme ; Mais de tant de clarté son œil est ébloui; Sa force l'abandonne . il tombe évanoui :

d6» PARADIS PERDU,

L^Ange lurtend la main, excite son courage^ L^anime , le relève , et lui tient ce langage : ce Regarde , Adam , et vois tous ces infortunés, >» Pour la faute d^un seul à jamais condamnés , » Du crime paternel innocentes yijctimes : > O que ce crime un jour doit enfanter de crimes!' » Adam regarde , et voit dans un champ spacieu:^ , Ici des mœssonneurs Pessaim laborieux , Lia des troupeaux parqués en de gras pâturages. Et des bornes déjà marquant les héritages; Au milieu s^élevait un autel de gazons; Des épis jaunissants , prémices des moissons ^ Amassés au hasard par un avare maître , Sont jetés à regret sur un autel champêtre :

Par ses longues sueurs son champ fut fécondé , Et de sueur encor son front est inondé.

Un berger après lui , dans un maintien modieste , Présentait en tribut à la faveur céleste , L^élite du troupeau : sur des rameanx brûlants Sa main a déposé les intestins sanglants ; L'encens fume autour d'eux , les flammes dévorantes. Exhalent dans les airs des vapeurs odorantes : Tout à coup Féclair part , et , tombant sur l'autel. Dit que son sacrifice est agréable au Ciel.

Mais l'autre est moins heureux : dans sa jalouse rage, Lnidigné que le Ciel préfère un autre hommage ^

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