‹ Paradis perdu (volume 2)Chapitre 105 sur 131 · LIVRE XI. i7i · texte numérisé non relu

LIVRE XI. i7i

» Et la triste insomnie , au teint pâle , à Fœil creux ,

» Et la mélancolie au regard langoureux;

» La toux , l'asthme essoufflé , dont la fréquente haleine

» Par élans redoublés entre et sort avec peiiie ;

w Et l'enflure hydropique , et l'étique maigreur ,

» Et des accès fiévreux la bouillante fureur ;

» L'évanouissement , la langueur défaillante ,

» Et la goutte épanchant son âcreté brûlante ,

» Et du catarrhe affreux les funestes dépôts ,

» Et la peste , qui seule égale tous ces maux.

» Vois tous ces malheureux en proie à leur ravage ,

» Se tordre de douleur , et se rouler de rage .

» Que de pleurs! que de cris! que de gémissements!

» Chaque sexe a ses maux, chaque âge a ses tourments.

^) Les angoisses , l'effroi , le désespoir farouche ,

» Errent de lit en lit, volent de bouche en bouche ;

» L'horrible Mort les suit; le fantôme inhumain

»> Suspend sur eux le dard qu'il balance en sa main ,

» Et , cent fois invoqué comme un abri propice ,

» En différant ses coups, prolonge leur supplice.

« Hélas ! en contemplant cet amas de douleurs ,

» Quel barbare mortel ne répandrait des pleurs? »

Q uoiqu'il soit né de Dieu , qu'il n'ait rien de la femme , Adam à tant de maux sent succomber son âme :

11 gémit , il soupire , il regarde les Cieux , Et; des torrents de pleurs s'échappent de ses yeux :

s;» PARADIS PERDU ,

£iifiB , donnant passage à sa toîx doolooreose ,

n s*écrie : « O destin! ô race malheareose!

>» Cessez. affiToxtooiinentsïMort, viens nous sec(|iiiirl

» YÎTresimaUieareax, c^est trop long-temps nHMirir.

3» Pourquoi, si de la coupe il faut boire la lie ,

» ?ious donner, ou plutôt nous imposer la vie?

» X'a-t-il d<mc réuni nos frêles éléments ,

» Que pour les séparer par Texcès des tourments?

3» S*il préroTait les maux semés dan5 sa carrière ,

3» Ah! THomme épouvanté s*enfuirait en arrière !

» ODieu!quilescréas,€pie]s que soient ses forfaits, 3» Dcvais-tu sur son front dé^ionorer tes traits? 3» Lui qui , vers son auteur lève un regard soUime , j» ]Se Fas-tu donc paré que comme une victime? »

« Tu te trompes , Adam : non , répondit Michel , » Tu n^as plus rien de lui , non , THonmie criminel , » De son antique rang dégradé par sa chute , » En s^éloignant de Dieu s'approcha de la brute. 3» Le jour qu*il écouta son appétit grossier, » Dieu de FHomme avili disparut tout entier.

3i ?(on, non, ce n^est plus lui, ce n^est plus son image; s Ce sont tes propres traits que la douleur outrage. » tt £h bien! répond Adam , je me soumets au Ciel : » Tirai , je rentrerai dans le sein maternel. )» Mais pourquoi cette mort dont Thorreur me repousse? 3» iS'est-il donc point vers eUe une route j^us douce?

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