‹ Paradis perdu (volume 2)Chapitre 107 sur 131 · II. i · texte numérisé non relu

II. i

» Alléger , supporter le fardeau de la vie ,

» La perdre sans regret ; voilà ma seule envie. »

« Il ne faut , dit Michel , l'aimer ni la haïr : » Le désespoir accable , et l'espoir peut trahir ; » Malheureux qui la craint, imprudent qui s'y livre! » Tandis que tu vivras , souviens-toi de bien vivre : » C'est assez; laisse au Ciel , arbitre de tes jours , » Le soin de prolonger ou d'abréger leur cours. » Un spectacle plus doux maintenant te rappelle. »

Il dit ; et , remplaçant cette scène cruelle , Un tableau plus riant vient charmer ses douleurs : Il voit des pavillons de diverses couleurs ; Autour d'eux , des brebis , des génisses superbes , Broutaient nonchalamment l'émail fleuri des herbes ; Ailleurs , remplissant l'air de sons harmonieux , Résonnaient le haut-bois , le luth mélodieux. Un mortel paraissait , qui , plus habile encore , Laissait errer sa main sur le cla>4cr sonore ; Un autre , de la harpe interrogeant la voix , Parcourt ses fils légers de ses rapides doigts; Il presse , il ralentit ses mesures savantes , Remonte , redescend , et de ses mains brillantes , Variant , nuançant , entrelaçant les tons , Forme, sans les confondre, un dédale de sons.

Ailleurs, le feu mugit dans la forge brûlante , L#aiarteau retentit sur l'enclume pesante.

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