‹ Paradis perdu (volume 2)Chapitre 108 sur 131 · LIVRE XL · texte numérisé non relu

LIVRE XL

Et d'un noir forgeron l'infatigable main Dompte le fer rebelle , et façonne l'airain ; Soit que , dans les vallons , sur le haut des montagnes, Dévorant les forêts, ornement des campagnes.

Le feu les ait fondus , et de ses noirs canaux , Par la bouche d'un antre ait vomi ces métaux ; Soit que , précipitant ses ondes souterraines , Un torrent ait lancé leur masse dans les plaines ; Du liquide métal , dans des creux préparés , Coulent à gros bouillons les ruisseaux épurés ; L'ouvrier a formé de leur lave durcie ' Le tranchant de la hache et la dent de la scie ; Le reste , façonné par un art tout nouveau , Est forgé dans les feux, sculpté par le ciseau. Alors , de la montagne , une race plus belle Descend dans les vallons; ces hommes pleins de zèle , Partout des arts sacrés vont répandre le feu ; Et l'amour des humains , et le culte de Dieu. Adam les suit de l'œil , qua]>d de leurs riches tentes Sortent mille beautés de jeunesse éclatantes ; Leurs légers vêtements brillent de pourpre et d'or, Et leurs jeunes attraits les parent mieux encor. • Elles dansaient en chœur, chantaient, touchaient!^ lyre. Ravis à leur aspect , ces sages qu'on admire , Le désir dans le cœur, le feu dans les regards. Ont oublié les Cieux, la nature et les ajrfc^

Soudain chacun choisit la beauté qui Tenflamme , Cliacun au doux plaisir abandonne son âme , Jusqu^à l'heure où du soir brille Tastre amoureux. De leur rapide hymen Tamour hâté les nœuds ; L'hymen déifié dans ces âges antiques , Pour la première fois entendit des cantiques; Des banquets sont dressés; la flûte , le hautbois» Et le bruit de la danse , et le concert des voix, ^Dcs époux fortunés célèbrent les conquêtes : Chaque couple est heureux , chaque tente a ses fêtes.

En voyant leurs plaisirs , leurs folâtres ardeurs , Ces danses, ces banquets, ces festons et ces fleurs, (Des molles voluptés que ne peuvent les charmes!) Adam sent tout a coup dissiper ses alarmes.

« O toi! par qui j'ai lu dans les secrets des Cieux , » Par quels riants tableaux tu consoles mes yeux! i) Ah! mon cœur , dit Adam , se rouvre à l'espérance! » Tu ne m'avais montré que terreur , que vengeance , » Le trépas , la douleur plus horrible que lui ; » Mais enfin à mes yeux un jour plus doux a lui, » Et du bonheur perdu je retrouve l'image. »

Le Spraphin l'arrête , et lui tient ce langage : « O toi! sans ton péché , de ce Dieu qui t'a fait » Le chef-d'œuvre sublime et le brillant portrait , » Crains à ces faux dehors de te laisser séduire ; » Ces asilçs si doux de l'amoureux délire ,

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