LIVRE XI
» Des chants harmonieux , des molles voluptés;
» Par le A^ce et le crime , ils seront habités ;
» Là , doivent naître un jour des mortels sanguinaires,
» Qui souilleront leur main du meurtre de leurs frères.
» Les beaux-arts , il est vrai , délices des humains ,
» Seront l'ouvrage heureux de leurs savantes mains;
» Mais de leur fol orgueil l'aveugle ingratitude ,
» Des dons brillants du Ciel , rendra grâce à l'étude ;
» Et , craignant d'un bienfait l'humiliant aveu ,
» Saura tout , excepté ce qu'elle doit à Dieu.
» La beauté cependant distinguera leur race ; » Ces femmes que tu vois si brillantes de grâce ,. » Dont les amis de Dieu font leurs divinités » » Dédaignant de l'hymen les chastes voluptés, » Au bonheur domestique , à ses paisibles scènes ,: » Préféreront l'éclat des vanités mondaines ; » Pour elles embrasés d'un impudique feu , » Ces sages honorés du nom d'hommes de' Dieu » A leurs trompeurs attraits immoleront leur gloire ; » Mais que de maux suivrqnt cette indigne victoire ! »
Il dit ; Adam gémit , et pleure amèrement , Replongé dans ses maux , le plaisir d'un moment.
« O honte ! disait-il , par quelle erreur funeste » L'ami de la vertu , de son sentier céleste , 3> Détoume-t-il ses pas, lui qu'elle a su charmer? )» Peut-on l'avoir connue , et ne la plus aimer î!
» Ah! la flemme a goûté le fruit illégitime »
» Hélas ; et tous les maux sont sortis de son crime ! »
« Cesse de Taccuser , répond l'hôte du Ciel : » L'Homme indocile et faible est-il moins criminel ? » Non ; aux lois de son maître il dut être fidèle ; » Il se fit malheureux en devenant rebelle.
» Regarde maintenant un spectacle nouveau. »
Adam se tourne et voit , dans un mouvant tableau , Le domaine des rois • leurs campagnes fertiles , La hauteur de leurs tours , la pompe de leurs villes ; Des princes, des héros, par la fureur armés; Leur taille est gigantesque , et leurs yeux enflammés.^ Les uns lancent des traits; de leur coursier farouche D'autres guident la fougue et gourmandent la bouche ; Cavaliers , fantassins , s'élancent au combat ; Là , lutte corps à corps soldat contre soldat ; Ici , des rangs pressés la file se déploie.
Cependant des guerriers pleins d'une horrible joie , En triomphe amenaient de superbes taureaux , De timides brebis , et leurs jeunes agneaux Qui , ravis par la force aux campagnes fleuries, Se plaignaient , en bêlant , de quitter leurs prairies. Les Bergers eu fuyant jettent des cris affreux : On vole à leur secours ; les deux partis entr'eux Engagent la mêlée ; on attaque , on repousse ; Ces prés, dont les troupeaux foulaient en paix la mousse ,