LIVRE XL ayg
Se couvrent de débris, de corps ensanglantés,
Et n'offrent qu'un désert aux yeux épouvantés.
Un siège affreux succède à l'horreur des batailles ;
Les uns , l'échelle en main , menacent les murailles ;
D'autres vont , s'avançant par des chemins obscurs ;
Et du bélier tonnant d'autres battent les murs.
L'assiégé se défend , fait pleuvoir sur leur tête
De pierres et de traits une horrible tempête ,
Et, du haut des remparts, un torrent sulfureux
Inonde l'ennemi d'un déluge» de feux ;
Des deux cotés la mort, des deux côtés la rage.
Cependant des hérauts graves , blanchis par Tâge,
Aux portes de la ville , un sceptre dans la main.
S'assemblent en conseil ; un belliqueux essaim
Se joint à ces vieillards; on parle, on délibère ,
Quand tout à coup rugit la fureur populaire.
Un sage alors paraît , dont la maturité
A passé son printemps, et touche à son été :
Il leur parle de lois, d'ordre , d'obéissance ,
D'un Dieu vengeur du crime , appui de l'innocence.
Chacun , jeune et vieillard , l'écoute avec dédain ;
Contre lui la fureur armait déjà leur main ,
Lorsque , pour l'enlever à leur aveugle rage ,
La faveur du Très-HaiH fait descendre un nuage.
Adam, à cet aspect, gémit, verse des pleurs :
<c Quels sont donc ces mortels enivrés de fureurs?
38o PARADIS PERDU,
» Le trépas en tous lieux suit leurs drapeaux sinislres; » De la destruction sont-ils donc les ministres? » Quels monstres sont cachés sous un visage humain f » £h quoi! THomme , de THomme est le lâche assassin! » Le frère égorge un frère! ô crime! ô bari)arie! » Mais quel est ce mortel sauvé de leur furie? »
L'Ange alors lui répond : « Tu sais quels tristes nceuds » Ont joint un peuple impie à des mortels pieux , » Le mal avec le bien ; la discorde fatale y> Est le fruit monstrueux de leur chaîne inégale. » De leur hymen sont nés de barbares mortels , » L'un de l'autre en naissant ennemis criminels. » C'est de là que naquit la Victoire sanglante , » L'affreuse Ambition , et les maux qu'elle enfante ; » La fureur , à son char enchaînant le malheur , » La rage , s'honorant du beau nom de valeur. » Les voilà , ces vainqueurs si chers à la mémoire , ^> Dont le père à son fils racontera la gloire; » Ces grands triomphateurs , ces célèbres héros , » Protecteurs des humains , ou plutôt leurs bourreaux ; » Ces dieux, enfants des dieux, objets d'un fol hommage,, » Consacrés par le meurtre , et grands par le ravage , » Jusqu'à ce que leurs noms cruellement fameux » Dans la nuit du tombeau soienf replongés comme eux* » Ce sage , l'un des fils de ta septième race , » Qu'assiégeait une vile et folle populace ,