LIVRE XI
y> Était ami de l'ordre , et seul juste entre tous;
» Lui seul il opposait à leurs flots en courroux
» Les lois , Tordre , et ce Dieu dont l'équité profonde ;
» Un jour , du haut des Cieux , viendra juger le monde :
» Aussi Dieu , tu Tas vu , propice à l'homme pur,
» L'a couvert à tes yeux d'un nuage d'azur ,
» Et des coursiers ailés l'ont porté dans son temple ,
» Où, sans cesse présent, sans cesse il le contemple,
» Et vainqueur du tombeau , triomphant du destin ,
» Dans une coupe d'or boit des plaisirs sans fin.
» Tu vois quel prix le Ciel réserve à l'innocence ;
» Du crime maintenant apprends la récompense. »
Alors une autre scène est ouverte à ses yeux; La douce paix revient : de ses cris furieux , La guerre au front d'airain , à la voix de tonnerre , A cessé tout à coup d'épouvanter la terre.
Partout régnent les jeux, les danses et les ris; La débauche insensée enflamme leurs esprits ; Le plaisir effréné , la passion brutale , Offrent dé toutes parts des scènes de scandale : De l'hymen au hasard les gages sont donnés; L'ivresse irrite encor leurs sens désordonnés ; Le désir , sur sa proie , arrête un œil avide ; L'emportement choisit, et le moment décide; L'adultère en courant forme des nœuds nouveaux : Bientôt tous ces amants deviennent des rivaiix.
s8a PARADIS PERDU ,
Alors vient un vieillard qui , d'une voix austère ; Accuse la fureur , gourmande l'adultère :
De leur lâche licence il a vu les excès , Et leur triomphe obscène , et leurs impurs banquets^ Il leur montre le Ciel prêt à les mettre en poudre , Et sur leur front coupable il fait gronder la foudre. Vains efforts! 11 les livre à leurs affreux destins j Gagne un antique mont ombrage de vieux pins ; Et d'une arche flottante ordonnant la structure , Il prescrit sa largeur, sa hauteur, sa figure. L'arche à sa voix s'ëlève , et dans ses flancs pressés A reçu des saisons les tributs amassés; Par couples réunis dans son enceinte heureuse „ Des animaux divers la famille nombreuse , Tout à coup , au signal de ce mortel chéri , Contre les flots vengeurs vient chercher un abri* Le vieillard à son tour , ses enfants , leurs épouses , Viennent prendre leur place. Au choc des eaux jalouses. Dieu même a mis un frein. Tout à coup les autans Vont poussant devant eux les nuages flottants; De moment en moment leurs noirs amas s'augmentent ; De leurs sombres vapeurs les monts les alimentent; Le Soleil s'est voilé , l'ombre croît , le jour fuit; Tout le Ciel embrasé n'est qu'une immense nuit : Il s'ouvre ; et , s'échappant de ses voûtes profondes. Tous les torrents des airs précipitent leurs ondes;