‹ Paradis perdu (volume 2)Chapitre 119 sur 131 · LIVRE XII. 3o · texte numérisé non relu

LIVRE XII. 3o

» Le grand libérateur un jour sortira d'elle*,

» Lui qui , vengeant le Giel et la race mortelle ,

» Foulera le Serpent d'un pied victorieux : /

» Mais Dieu te voile encor ces faits mystérieux.

» Abraham, c'est le chef de ces tribus sacrées,

» Établit soii empire en ces belles contrées ,

» Son nom et ses vertus sont à jamais bénis.

» Aïeul et père heureux , son fils , son petit-fils ,

» Par leur foi, leur sagesse, honorant sa mémoire ^

» Ainsi que ses vertus égaleront sa gloire.

» Son heureux petit-fils comptera douze enfants.

» De Chanaan un jour il quittera les champs ,

» Habitera TÉgypte , où le Nil qui l'inonde ,

» Répand l'heureux tribut de s» fange féconde.

» Vois ce fleuve pompeux qui court par sept canaux

» Au sein des vastes mers précipiter ses eaux.

» Tandis qu'ailleurs la faim exerce ses ravages ,

» Il trouve un doux abri sur ces heureux rivages :

» Là, l'appelle son fils qu'un honorable choix

» Porta de sa prison dans les palais des rois.

» Etablie avec lui sur cette terre heureuse,

M Sa race chaque jour y devient plus nombreuse.

» Du Monarque nouveau les soupçons inquiets

» N'ont pas vu sans chagrin ses rapides progrès;-

» Il écoute l'envie , et , poussé par la crainte , ^

» Il viole dans eux l'hospitalité sainte , ^

3o4 PARADIS PERDU ,

» Les charge de travaux , proscrit les nouveau-nés ,

» Par leur sexe en naissant à mourir condamnés.

» Alors dans sa bonté Dieu suscite deux frères :

» Par eux il veut enfin terminer leurs misères ;

» Et chargés des trésors de vingt peuples soumis ,

» Ils marchent vers les lieux qui leuV furent promis.

» Mais, avant leur départ, Dieu, d'un prince idolâtre,

» A tenté de fléchir Torgueil opiniâtre ,

» Par ses ambassadeurs le Ciel lui parle en vain *

» Son cœur reste endurci. Dieu commande , et soudain

» L'onde se change en sang ; de moucherons sans nombre

» Dans les airs obscurcis , vole un nuage sombre ;

» D'immondes animaux pullulent sous leurs toits;

» Le vil crapaud coasse à la table des rois ;

» Et jusque sous la pourpre , une vermine impure

» Fait de l'orgueil puni la honte et la torture.

» De ces races sans nombre un jour finit le sort ,

» Mais en perdant la vie elles donnent la mort :

» L'air se corrompt , des eaux la source s'empoisonne ;

^> Dans la ville , au hameau, la peste au loin moissonne ;

» Le mal croit dans sa course , il immole au hasard

» Le vulgaire , les grands , l'enfant et le vieillard ;

» Infecte les humeurs , couvre les chairs fétides

» D'ulcères dévorants et de tumeurs livides^

» Des hommes , des troupeaux amoncelé les corps ,

» Et d'un cadavre seul enfante mille morts.

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