LIVRE VII
Fut Ipmbé dan^ Iç gQu(]Ore , a}i. séjour paternel
Remonta triooiphant le fils, de TÉternel ,
Au milieu des parfums ,. des chants et des louanges.
Alors , comptant du Ciel les nombreuses phalanges ^ »
« Tu vois, dit le Très-rHaut »son auguste fiLs^
» Quel salaire ont reçu tous ces fiers ennemis : ,ff
» Ils croyaient, attaquaat 1^ montagne où je tonne,
» Usurper xnon empirç et ravir ma couronne ;
» Leur audace est trompée, et leurs^yoeux sont déçus;
» Le Ciel qui les vomit ne. les recevra plus.
» Mais la plus grande part me demeura fidèle ;
» Leur foule habite encor sa patrie éternelle;
» £t Dieu ne manque pas de cœurs obéissants,
» Ma cour d'adorateurs , ni njes autels d'encens.
» Cependant l'ennemi pourrait , fier de nos pertes ,
» Croire qu'il a laissé ces demeures désertes : .
» De mes ipains va sortir un nouvel univers ;
» D'un seul couple y naîtront mille peuples divers;
c< Ses heureux habitants y vivront jusqu'à l'heure
» Où leur foi s'ouvrira ma céleste demeure.
^> Ensemble s'allîront d'indissolubles nœuds ,
» L'Eternité , le Temps , et la Terre et les Cieux.
» Moi y je serai de tous le (ppnarque et le père.
« Vous, les premiers sujets de mon règne prospère ,,
» Triomphateurs heureux d'un ennemi jalou^^ ,
» Jouissez de vos droite» tout le Ciel est à vous.
6o PARADIS PERDU ,
» Toi , mon unique enfant , mon verbe , mon image ;.
» C'est par toi que je veux accomplir mon ouvrage ;
» Va , parie , et qu'il soit fait ; moi-même dans ton sein
» Je verserai mon âme et mon pouvoir divin.
» Plane sur le Chaos j finis sa vieille guerre ;
» Va , sépare d'un mot et le Ciel et la Terre :
» L'abîme de l'espace était illimité ;
» Mais je le remplissais de mon immensité.
» Je suis ; rien n'est sans moi ; seul de tout je dispose j
» Produis, détruis, refais, agis ou me repose,
» Donne au Hasard des lois , à la puissance un frein ;.
» Et mes commandements sont l'arrêt du Destin. «-
» Il dit : le père ordonne, et le fils exécute: L'éclair dans son essor , le torrent dans sa chute , Du temps , du mouvement le cours précipité , N'égalent point sa force et sa rapidité.
Ce qu'il ordonne est fait. Mais par quelles images Peindre à tes faibles yeux ses sublimes ouvrages? A peine a retenti sa souveraine loi , Tout le Ciel en triomphe applaudit à son roi :
« Gloire soit au Très-Haut , au souverain du monde ï » Gloire au Dieu dont l'amour descend , couve et féconde » Les germes des vivants quji doivent naître un jour! » Puisse la douce paix habiter leur séjour!
» Gloire au Dieu dont la main protégea l'innocence ^ ^. » Et bannit de sa cour la rebelle insolence ,