‹ Paradis perdu (volume 2)Chapitre 19 sur 131 · LIVRE VIL 6i · texte numérisé non relu

LIVRE VIL 6i

^ Au ï)îeu qui fait des maax une source de biens ! » Par lui 9 d^un Ciel plus beau plus dignes citoyens , ^» Aux trônes d'où sa main renversa les rebelles, » Bientôt viendront s'asseoit des serviteurs fidèles ; » Il prépare déjà, dans leui'S berceaux obscurs, » Les siècles à venir et les mondes futurs. »

» Ils chantaient : cependant le grand œu^Te commence Dieu vient , il vient armé de la toute-puissance ; La majesté rayonne en son regard divin ; A ses traits la Sagesse , au front calme et serein , Mêle son doux éclat , l'Amour sa ^ive flamme ; Dieu brille dans ses yeux , il brûle dans son âme : Le père tout entier s'admire dans son fils.

Autour de lui volaient d'innombrables esprits : Chérubins , Séraphins , Puissances immortelles , Tous leurs corps sont ailés, tous leurs chars ont des ailes. Ces chars qui , reposant entre deux monts d'airain , Attendent de leur roi Ije signal souverain , Orgueilleux d'escorter sa marche triomphante , A peine ils ont ouï sa voix toute-puissante , D'eux-mêmes , ô prodige ! ils Jjartent , et de Dieu Suivent le char brûlant , sur leurs axes de feu. Il avance : à l'aspect des célestes cohortes, Des Cieux sur leurs gonds d'or s'ouvrent les vastes portes lEt rendent , en s'ouvrant , des sons harmonieux: Les célestes concerts ^ont moins mélodieux.

6â Ï>ARADIS PERDU ,

La Gloire suit ses pas ; dans sa pleine puissance , A des mondes nouveaux il porte la naissance ; S'arrête au bord du Ciel , et du gouffre profond De'jà ses yeux perçants ont pénétré le fond : Abîmes ténébreux , océan sans rivage , Agité par les vents , tourmenté par Forage , Qui , lançant dans les airs ses flots séditieux , Semble braver Dieu même et menacer les Cieux. « Vents fou gueux, taisez- vous î vaste mer , fab silence.» Ainsi parle au Chaos rétemêlle puissance.

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Soudain Tabîme entend sa redoutable voix ;

Ses brûlants Séraphins accourent à la fois :

En triomphe porté sur leurs rapides ailes ,

Il s'avance, brillant des splendeurs paternelles,

Il marche ; du Chaos le sein respectueux

A sa voix a calmé ses flots tumultueux.

Son cortège le suit , brûlant de voir éçlore

Ce monde qu'il médite, et qui n'est pas encore •

Il arrête son char, et déjà dans sa main.

Avec ses branches d'or , luit ce compas divin

Qui , gardé dans les Cieux, en cette nuit profonde ,

Devait un jour tracer les limites du monde ;

L'une s'arrête au centre , et l'autre , dans les airs ,

Marque en tournant le cercle où sera l'univers.

« Monde , viens jusqu'ici ; tes bornes sont prescrites ;

» Reste dans ton enceinte , et connais tes limites. »

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Ainsi Dieu fit d'un mot et la Terre et les Cjeux.

» Mais de ce vaste amas y sombre et silencieux , La nuit couvrait encor la matière inféconde : L'esprit de Dieu s'étend sur les goui&es de Tonde , Les couve sous son aile , et verse dans leur sein Son âme créatrice et son souffle divin.

Au feu vivifiant de sa chaleur puissante Le Chaos se féconde , et la Nature enfante.

Tout se range à sa placç, ^t chaque germe impur . Étranger à la vie , au fond du gouffre obscur Plonge sa masse inerte et sa grqssière lie ; Attirant, attiré , Fêtre à l'être s'allie:

L'un écoute sa haine , et l'autre son amour , Et comme ses penchants chacun a son séjour.

Le feu vole , l'air monte , et dans l'air élancée , La Terre par son poids y demeure fixée.

» Alors l'Eternel dit au Néant qui conçut :

« Que la lumière soit ; » et la lumière fut ; La lumière , de l'air l'essence la plus pure , I L'enfant , le premier-né de toute la nature , Dont Dieu même est la source , et qui , d'un air riant , Commence sa carrière aux portes d'orient.

Cependant le Soleil n'existait pas encore ; Les nuages cachaient le berceau de l'aurore , Dieu la vit et l'aima ; mais de l'obscurité Sou ordre tout-puiçsiant sépara la clarté ,

64 PÀfeADÏS PERDU,

Nomma Tune le jour , et l'autre les ténèbre** Ici des rayons purs , là des vapeurs funèbres , ^e succédant sans cesse et changeant de séjour, Sur le double hémisphère habitent tour à tour. Ainsi du jour naissant brillèrent les prémices : Le Ciel même à la Terre envia ses délices ; Et tout rOlympe en chœur , par de joyeux concerts ^ Chanta le jour enfant et le jeune univers.

Au chef-d'œuvre de Dieu les Anges applaudirent ; ' Les célestes palais à leurs chants répondirent : De la harpe et du luth , frémissant sous leurs doigts i La corde harmonieuse accompagnait leurs voix ; Tous chantaient à Fenvi le Dieu qui fit éclote Et la première nuit , et la première aurore* Pour la seconde fois il commande au Chaoâ t *c Flots humides , dit-il , séparez-vous des flots ; » Qvie dans l'immensité chacun prenne sa route , » Et que le firmament arrondisse sa voûte* ï> Il commande : à sa voix flotte une double mer , L'une au-dessous des Cieux, l'autre au-dessous de l'âîr; Sur le monde entouré de la vapeur errante , Monte en voile d'azur une onde transparente : Dieu leur donne des lois. Enfin son bras puissant Du monde raffermit l'édifice naissant.

Dans l'abîme fougueux gronde un reste d'orage : Il l'écarté ; il a peur que son noir voisinage

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