‹ Paradis perdu (volume 2)Chapitre 26 sur 131 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

La Terre en souriant admirait sa beauté*;

Le Monde s'ëtonnait de sa fécondité ;

Les airs, les eaiix> les champs, les monts étaient fertiles ;

Quadrupèdes , oiseaux , et poissons et reptiles ,

Nageaient^ marchaient, rampaient, ou prenaient leur essor

Mais cet ouvrage itnmense est imparfait encpr :

Un être lui manquait, dont la face divine

Attestât la grandeur de sa noble origine ,

Qui, doué de raison, sentant sa dighité,

Revînt comme à sa source à la divinité ,

La peignit dans ses traits, brillât de sa lumière.

Aux pieds de TEternel envoyât sa prière,

Fixât sur lui son cœur, son esprit et ses yeux.

« O mon fils ! dit alors le monarque des Cieux , '» Créons Thomme pour nous, créons-le à notre' image; » Que du monde il reçoive et m'apporte l'hommage. » Il dit, et tu naquis; lui-même en chaque trait Grava sa ressemblance, et traça son portrait. Tu vivais seul encor , mais sa main paternelle Forma pour ton bonheur ta compagne fidèle ; Puis il dit à tous deux : « Allez , heureux ép0ux , » Vivez, croissez, aimez, et multipliez-vous; » De vos nombreux enfants peuplez cc'nouveau monde , y> Et rangez sous vos lois les airs , la terre et l'onde. » Mais toi , dans quelque lieu que le Ciel t'ait formé , ( Car alors aucun Ueu n'était encor nonuné , )

Adam, tu t^eri souviens , de mes mains biienfaitiiCM \ Moi-même te portai dans ces lieux de délices , Dont les brillantes fleurs et les fruits savoureux Sont à la fois le charmie et du goût et des yeux. Eh bien , les fleurs , les fruits que ce lieu te présente ; A tes libres désirs sa bonté complaisante Les abandonne tous ; mais du bien et du mal ' L'arbre , interdit pour toi , te deviendrait fatal. Oui , par lui de la Mort doit commencer Tempirc î Qui le cueille est coupable , et qui le goûte expire. Contiens donc tes désirs. Il dit, vit ses travaux. Et s'admira lui-même en les voyant si beaux ; Et le sixième soir et la sixième aurore Aux prodiges du jour applaudirent encore.

» Là ne s'arrête point l'infatigable Auteur : De sa demeure sainte il gagne la hauteur ; Veut, du fond de sa gloire et de son sanctuaire. Qu'habite sa grandeur , qu'entoure le mystère , Yoir ce jeune univers si beau , si gracieux , Conforme à sa[ pensée et digne de ses yeux ; Voir son fimpire accru de ces nouveaux empires : Il s'élève en triomphe; et d'innombrables lyres , Les acclamations, les chants et les concerts. Félicitent l'Auteur , le Roi de l'univers.

» Un hymne universel ( tu l'entendis sans doute ) Accompagnait le char vers la céleste voûte;

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