LIVRE VIL N
Tous les astres tendaient un son harmonieux ;
.Les Cieux applaudissaient , l'air répondait aux Cieux;
Les Soleils s'arrêtaient, et , jeune , vierge et pure ,
La Nature fêtait le Dieu de la Nature.
« Le Yfiici ! s'écriaient tous les Anges en choeur;
» Vaici de l'univers l'incomparable Auteur;
» Il arrive ; ouvrez-vous , demeures éthérées!
» Et vous, «ur vos gonds d'or roulex, portes sacrées!
» De son sixième jour l'ouvrage est accompli :
» Il revient triomj^ant, son décret est rempli.
» Qu'à nos vœux, à nos voix le Ciel entier. réponde :
» Rien^ ne manque à sa gloire , il a créé le monde ;
» Il a fait l'uni^^rs , il fait notre bonheur.
» Du séjour des élus impérissable honneur, »
» Lui-même au milieu d'eux a choisi sa demeure ;
» Dieu sera près de nous; nous pourrons à toute heure
» L'adorer, le servir, et porter aux humains
» Les trésors de sa grâce , et les dons de ses mains;
» Lui rapporter leurs vœux, leurs hommages fidèles.
» Pour jamais ouvrez- vous, demeures éternelles ;
» Et puissent être unis par d'invincibles nœuds
» Et l'homme et le Très-Haut, et la Terre et lesCieUx! »
» Tels , du Chaos dompté solennisant la fête , De leur Roi triomphant ils chantaient la conquête. Il approche : soudain dii séjour fortuné Sur leurs gonds éternels les portes ont tourné :
»o PARADIS PERDtJ ,
Les deux battants font place à ses grandeurs suprêmes 4
Et devant ses regards ont reculé d'eux-mêmes \
Il(ans sa demeure enfin leur m^tre est arrivé.
Un chemin sablé d'or et d'étoiles pavé ,
Sur une mer de feu le conduit dans son temple.
Tel, au milieu des nuits, ton œil charmé contemple ,
Cette voie où , pareils à des points enflammés ,
En poussière d'argent les astres sont semés.
Il entre : à son aspect tout s'enivre de joie.
y> Mais l'ombre sur Eden par degrés se déploie i La septième soirée obscurcit l'univers ; Le jour fuit, le Soleil redescend dans les mers; Et du pâle orient , nageant déjà dans l'ombre , Le crépuscule obscur annonce la nuit sombre.
Enfin , le fils de Dieu parvient au mont sacré Qui de foudres, d'éclairs et d'ombres entouré , Et portant jusqu'aux Cieux sa cime inviolable ^ Est du trône de Dieu la base inébranlable.
A côté du Très-Haut le Verbe s'est asssis :
Le père en ses travaux accompagnait son fils ;
Privilège divin de la toute-puissance ;
Seul il remplit l'espaèe , et tout sent sa présence^
L'Auteur, la fin de tout, lui-même de sa main
Des mondes à son fils à tracé le dessin.
Six jours ainsi remplis, l'architecte suprême
Consacre le septième au repos , à lui-même^
' tiV&É vit. - St
Tout le Ciel fut en paix , et de. ses saihts loisirs
Ses Anges fortunés partageaient les plaisirs.
Mais, dans ce calme heureux, leur sublime délii'e
Ne laissa reposer la harpe , ni la lyre ;
Durant le jour entier l'orgue majestueux , .
Les fils retentissants du luth voluptueux >
La voix mélodieuse à la cithare unie ,
Ensemble répandant un torrent d'hariïiônie ,
Tantôt résonnaient seuls , et tantôt tour à toui".
Des fleurs jonchent au loin le déleste séjour ;
L'encens fume , et porté vers la montagne sainte >
D'un nuage odorant en a voilé l'enceinte. * . •
<c Salut, ô Jéhovah! chantait le Ciel en chœur; ' » Tu nous reviens plus grand que quand ton bras VàînqiiièUr » Foudroya la révolte , et vengea ton empire. » Tu détruisais alors, et tu viens de produire. M Ton empire est sans borne , et toii pouvoir sans fïh : » Contf e un de tes regards , contre un trait de ta ïnaîn^\ » Que pouvait , Dieu puissant , leur ligue ambitieuse ?, » En vain ils espéraient (espérance trompeuse! ) » Décourageant laf>foî , refroidissant l'amour > » Séduire tes sujets- et dépeupler ta cour; » Tu te lèves : soudain tes ennemis succombent \ » Ton trône est agrandi de leurs trônes qui tombent. » Mais ta bonté , grand Dieu , tire le bien du mal. » Ce globe qu'environne une mer de cristal ,