‹ Paradis perdu (volume 2)Chapitre 27 sur 131 · LIVRE VIL N · texte numérisé non relu

LIVRE VIL N

Tous les astres tendaient un son harmonieux ;

.Les Cieux applaudissaient , l'air répondait aux Cieux;

Les Soleils s'arrêtaient, et , jeune , vierge et pure ,

La Nature fêtait le Dieu de la Nature.

« Le Yfiici ! s'écriaient tous les Anges en choeur;

» Vaici de l'univers l'incomparable Auteur;

» Il arrive ; ouvrez-vous , demeures éthérées!

» Et vous, «ur vos gonds d'or roulex, portes sacrées!

» De son sixième jour l'ouvrage est accompli :

» Il revient triomj^ant, son décret est rempli.

» Qu'à nos vœux, à nos voix le Ciel entier. réponde :

» Rien^ ne manque à sa gloire , il a créé le monde ;

» Il a fait l'uni^^rs , il fait notre bonheur.

» Du séjour des élus impérissable honneur, »

» Lui-même au milieu d'eux a choisi sa demeure ;

» Dieu sera près de nous; nous pourrons à toute heure

» L'adorer, le servir, et porter aux humains

» Les trésors de sa grâce , et les dons de ses mains;

» Lui rapporter leurs vœux, leurs hommages fidèles.

» Pour jamais ouvrez- vous, demeures éternelles ;

» Et puissent être unis par d'invincibles nœuds

» Et l'homme et le Très-Haut, et la Terre et lesCieUx! »

» Tels , du Chaos dompté solennisant la fête , De leur Roi triomphant ils chantaient la conquête. Il approche : soudain dii séjour fortuné Sur leurs gonds éternels les portes ont tourné :

»o PARADIS PERDtJ ,

Les deux battants font place à ses grandeurs suprêmes 4

Et devant ses regards ont reculé d'eux-mêmes \

Il(ans sa demeure enfin leur m^tre est arrivé.

Un chemin sablé d'or et d'étoiles pavé ,

Sur une mer de feu le conduit dans son temple.

Tel, au milieu des nuits, ton œil charmé contemple ,

Cette voie où , pareils à des points enflammés ,

En poussière d'argent les astres sont semés.

Il entre : à son aspect tout s'enivre de joie.

y> Mais l'ombre sur Eden par degrés se déploie i La septième soirée obscurcit l'univers ; Le jour fuit, le Soleil redescend dans les mers; Et du pâle orient , nageant déjà dans l'ombre , Le crépuscule obscur annonce la nuit sombre.

Enfin , le fils de Dieu parvient au mont sacré Qui de foudres, d'éclairs et d'ombres entouré , Et portant jusqu'aux Cieux sa cime inviolable ^ Est du trône de Dieu la base inébranlable.

A côté du Très-Haut le Verbe s'est asssis :

Le père en ses travaux accompagnait son fils ;

Privilège divin de la toute-puissance ;

Seul il remplit l'espaèe , et tout sent sa présence^

L'Auteur, la fin de tout, lui-même de sa main

Des mondes à son fils à tracé le dessin.

Six jours ainsi remplis, l'architecte suprême

Consacre le septième au repos , à lui-même^

' tiV&É vit. - St

Tout le Ciel fut en paix , et de. ses saihts loisirs

Ses Anges fortunés partageaient les plaisirs.

Mais, dans ce calme heureux, leur sublime délii'e

Ne laissa reposer la harpe , ni la lyre ;

Durant le jour entier l'orgue majestueux , .

Les fils retentissants du luth voluptueux >

La voix mélodieuse à la cithare unie ,

Ensemble répandant un torrent d'hariïiônie ,

Tantôt résonnaient seuls , et tantôt tour à toui".

Des fleurs jonchent au loin le déleste séjour ;

L'encens fume , et porté vers la montagne sainte >

D'un nuage odorant en a voilé l'enceinte. * . •

<c Salut, ô Jéhovah! chantait le Ciel en chœur; ' » Tu nous reviens plus grand que quand ton bras VàînqiiièUr » Foudroya la révolte , et vengea ton empire. » Tu détruisais alors, et tu viens de produire. M Ton empire est sans borne , et toii pouvoir sans fïh : » Contf e un de tes regards , contre un trait de ta ïnaîn^\ » Que pouvait , Dieu puissant , leur ligue ambitieuse ?, » En vain ils espéraient (espérance trompeuse! ) » Décourageant laf>foî , refroidissant l'amour > » Séduire tes sujets- et dépeupler ta cour; » Tu te lèves : soudain tes ennemis succombent \ » Ton trône est agrandi de leurs trônes qui tombent. » Mais ta bonté , grand Dieu , tire le bien du mal. » Ce globe qu'environne une mer de cristal ,

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