‹ Paradis perdu (volume 2)Chapitre 30 sur 131 · REMARQUES SUR LE LIV. VII · texte numérisé non relu

REMARQUES SUR LE LIV. VII

^olque la mine de Troie eût précédé son. arrivée à Carthage, nous représente Enée jeté sur son rivage par une tempête, et racontant à Didoni'embrasevient de cette capitale de la Phrygie ; et ce récit, au lieu de se présenter comme une partie principale de Faction , n'en est qu'un épisode» C'est cette marche que Milton a suivie dans son pêème; et, quoiçjue dans Tordre historique il fût naturel et même nécessaire de commencer par la bataille dès Anges , et même la création , il :a jugé à propos ( Faction principale une foiscommencée ) de faire raconter par Raphaël ces grands évé-' nements aux heureux habitants d'Eden.

Ce réiitne leur est point étranger'; la punition des Anges» rebelles doit encourager leur fidélité ; la peinture de la création et du monde nouveau que Dieu a fait pour eux, doit exciter et entretenir leur reconnaissance.

Rien n'égale la grâce avec laquelle Adam prie l'Archange de différer encore son départ pour le Ciel , poiir lui raconter l'histoire de la création. Le poète lui a prêté à la fois les ex— pressions les plus aimables et les figures les plus hardies :

Le Soleil a rempli la moitié de son cours :

L'autre est encore à nous ; et quand Torbe du jour •

Serait prêt à nos yeux d'éteindre sa lumière , Ge grand astre , à ta voix , prolongeant sa carrière , * Pour toi s'arrêterait sur le trône des airs , T'écouterait conter 'ces prodiges divers, Dire quel jour ouvrant sa marche solennelle , Lui-même il s'étonna de sa clarté nouvelle.

Mais si la nuit survient, à tes savants discours Non, non ,les Gieux muets ne resteront pas sourds: Le Silence prendra du plaisir à t'entendre ; Le Repos sur nos yeux tardera de descendre ;,

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Et , force par tes soins d^nferrompre ses lob » ' Le Sommeil reillera pour écouter ta ▼on ; £t BOUS 9 nous iomroDs jusqu'à ce que T Aurore Se iére , et te renvoie à ce bieu que j'adore.

Jamaiarfa poésie n'a traeé on plus magnifique taUem ; jamais ^isode pins sohlime , miens lié an snjet ^ n'a eaiWIli un poème épique. Si le héros troyen sait nous intéresser en racontant la destruction d'une ville, combien ftaphaâ doit nous intéresser davantage en racontant la création do monde ! On ne peut rien ajouter à la soleùnîté du départ de Dieif pour ce grand ouvrage ; lés portes des Cieux s'ouvrant d'ellesmêmes pour lui faire passage sont visiblement imitées des trépieds d'or fabriqués par Yulcain , qui , mus par une force secrète , allaient et revenaient d'eux-mêmes. C'est one chose digne de remarque , que Milton est à la fois le poète le ^us imitateur et le plus original ; il a emprunté une foule de beautés des poètes anciens et modernes ; mais il les a converties , pour ainsi dire , en sa propre substance. L'airain de Corinthe était composé de plusieurs métaux différents ; si cet assemblage eût été fait à coups de marteau ^ il eût été bi-zarre et sans valeur ; mais le feu les avait fondus , et avait fait de cet amalgame un métal plus précieux que l'or ; tel est l'ouvrage de. Milton ; le feu de son génie a fondu , avec te& propres richesses, des richesses étrangères, et toutes sont devenues également sa propriété. On ne peut rien ajouter ^ la magnificence du cortège du fils de Dieu , et à la convenance du choix qu'il a fait de ce cortège : c'est la Majesté , la Sagesse et l'Amour. La peinture du Chaos, le silence qu'il commande à ies flots tumultueux , l'obéissance de l'abime ^

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