‹ Paradis perdu (volume 2)Chapitre 35 sur 131 · LIVRE VIIL ' loi · texte numérisé non relu

LIVRE VIIL ' loi

» Aux lieux où loin de nous il daigna la cacher,

» Dans son vol imprudent ne va pas la chercher.

» Mais qui peut arrêter ses écarts téméraires?

» Long-temps impatient de percer ces mystères ^

» L^Homme voudra franchir son* étroit horizon ;

» Jusqu'à ce que , docile aux lois de la raison ,

» Les conseils du hialheur , les leçons de la vie ^

» En viennent réprimer la dangereuse envie ,

» Et qu'il se dise enfin : Aimer Dieu sans le Voir ,

» -L'adorer, et jouir, voilà le vrai savoir.

» Au livre Aes vivants nous avons notre page ;

>) Lisons-la : malheureux qui saurait davantage!

^> Le reste est un vain songe , une faible vapeur,

» Et de l'orgueil oisif le délire trompeur ;

» Stérile ambition ,. éclatante folie ,

» Qui rend l'Homme inhabile aux emplois de la vie >

:» Et , cherchant d'un vain noi;pi l'infructueux honneur ^

» Au désir de la gloire inunole le bonheur.

» De la hauteur des Cieux daigne donc redescendre

» A ce qui m'est utile , et que je puis comprendre.

» Tu m'as dit les combats, les. triomphes des Cieux,

» Tout ce qm précéda mon séjour en ces lieux ;

» Pour comble de faveur m'est-il permis de croire

» Que tu daignes toi-même écouter mon histoire ?

» Tu l'ignores peut-être , et c'est le seul moyen. ,

» De prolonger ici ton aimable entretien ;

loa PARADIS PERDU,

» La nuit est loin encor. Tu t^apperçois sans dente

» Que je veux reculer rinstanl que je redoute;

» Assis auprès de toi , je me crois dans les Cieux;

» Oui ^ pour moi tes discours sont plus délicieux

» Que les fruits du palmier , dont la sève embaumée ^

» ÎVIouillant ma lèvre aride et ma bouche enflammée ^

» Au retour du travail , aimable et doux festin ,

» Désaltère ma soif et contente ma faim.

» Que dis-je ? leur douceur est bientôt insipide ,

» £t mon cœur de t^entendre est toujours plus avide. »

(< O père des humains ! lui répond Raphaël » Avec ce doux accent qui n'appartient qu'au Ciel , » Toi-même as pour mon cœur un charme qui le touche î » Dieu se peint sur ton front , il parle par ta bouche ; » Le Ciel te prodigua ses plus rares trésors , » Aussi bien que ton âme il embellit ton corps ; » D'une main complaisante il soigna son ouvrage , » Et voulut que dans toi l'on chérît son image. » L'Homme vit sur la terre , et l'Ange dans les Cieux , » Mais ce père commun les voit des mêmes yeux ; » Comme nous tu le sers , et sa main libérale yy A l'Homme de ses dons fit une part égale.

» Parle donc. Quand tu vis la lumière du jour^ » Adam, j'étais bien loin du céleste séjour; » J'allais , accompagné d'une troupe nombreuse ^ » Visiter des proscrits la rive ténébreuse ;

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