‹ Paradis perdu (volume 2)Chapitre 36 sur 131 · LIVRE YIII. to · texte numérisé non relu

LIVRE YIII. to

» On craignait que S^taa ne forçât les Enfers,

» Qu'il ne yînt épier ce naissant univers ,

» Et que j la foudre en main , la vengeance divine

» A la création ne mêlât la ruine.

» Cependant, qu'auraient pu tenter sans son aviBu ,

» Ces tr^aîtres , surveillés dans leur gouffre de feu ?

» Nous marchons , et , bien Ipîn de la porte fatale ,

» Nous entendons le bruit de la rive infernale.

» Ce n'était point du Ciel les chants mélodieux ,

» Les danses de la joie , et 1^ doux bruit des jeux ;

» C'était des sons plaintifs , des clameurs lamentables ,

» Et du crime soufirant les cris épouvantables.

» Nous repartons en hâte , et rentrons au saint lieu

» Le soir qui termina le grand repos de Dieu :

» Ainsi nous l'ordonna la suprême puissance r

» Mais tu me Tas promis, conte-moi ta naissance;

» Parle : mon entretien eut des attraits pour toi ,

» Et le tien n'aura pas moins de charmés pour moi. »

ce Ah! sil'HoDune, en naissant,.se connaît mal encore ,^ » Comment, reprit Adam, conter ce que j'ignore? » Cependant j'obéis ; le plaisir de te voir » Triomphe de ma crainte , et soutient mon espoir. » J'étais né : tels qu'on voit de l'être qui sommeille » Les sçns encor troublés au moment qu'il s'éveille ,, » Les yeux à peine ouverts, de moi-même surpris ,, » Je me vis étendu sur des gazoïis fleuris;

xoi PARADIS PERDU,

» Une douce moiteur sur mon corps ëpanchëe

» S'évapore au Soleil par ses rayons séchée :

» Je regarde , je vois ce Ciel brillant et pur ,

» Ce vaste firmament , cette voûte d'azur ;

» De mon lit de gazon tout à coup je m'élance ,

» Et sur son double appui mon corps droit se balance^

» De là, mes yeux charmés embrassent à la fois

^) LéCS coteaux , les vallons, et les prés, et les bois;

» Tout m'étonne et me plaît. Bientôt d'une onde pure

» Arrive jusqu'à moi l'agréable murmure ;

» Sur ses bords se jouaient mille animaux divers ,

3> Les uns foulent les champs, d'autres fendent les airs;

» Du concert des oiseaux le bocage résonne; '

^> Les fleurs , leurs doux parfums , tout ce qui m'environne

» M'enivre de plaisir. Un instinct curieux

» Sur moi-même , à la fin , me fait jeter les yeux :

» J'examine mon corps, sa grâce, sa souplesse;

» J'allais^ je revenais, plein d'une douce ivresse.

» Mais qui suis-je? d'où viens-je? et comment suis-je né?

» De la Terré , du Ciel , de moi-même étonné ,

» J'interroge mes sens , ma voix cherche une route ;

» J'écoutais les oiseaux , moi-même je m'écoute ,

» Et ma langue étonnée articule des sons;

» A tout ce que je vois elle donne des noms.

5» O Soleil , m'écriai-je , ô bienfaiteur du monde ! » Toi , qu'échauffent ses feux , que sa lumière inonde ^

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