‹ Paradis perdu (volume 2)Chapitre 37 sur 131 · LIVRE VIII. io · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. io

» Terre , séjour riant dont Taspect enchanté » Réunit la fraîcheur , la grâce et la beauté ! - » Vous, épaisses forêts!' vous, superbes montagnes! » Et toi j fleuve pompeux î et vous , vertes campagnes! » Vous tous y êtres charmants que je vois dans ces lieux ' » Vivre, agir, se mouvoir, et jouir à mes yeux! » De grâce , ^prenez-moi , vous le savez peut-être j » Qui m'a mis en ces lieux , et qui m'a donné rêtrc: » Ce n'est pas moi , sans doute : un suprême pouvoir » Qui par ses bienfaits seuls me permet de le voir, » En me donnant le jour signala sa puissance. » Où chercher, où trouver l'auteur de ma naissance i » Celui par qui je vis ,^ sens , j'entends, je vois : » Qui m'a fait ce bonheur qu'à peine je conçois?

» Tout se tait. Las d'errer dans ces lieux que j'ignore, » Sur les gazons touffus, qu'un vif émail colore j. » Je tombe , je m'étends à l'ombre de ces bois. » Là , vient le doux sommeil , pour la première fois , :» De ses molles vapeurs affaisser ma paupière; » Mon œil appesanti se ferme à la lumière , » Je TBt sens défaillir , et rentré par degré » Dans ce même néant dont Dieu m'avait tiré; » Mais ce néant pour moi n'était pas sans délices : » A peine cependant j'en goûtais les prémices, » A mes yeux s'offre en songe un fantôme charmant ; » Dans moncœur-i'àsa vue, un doux tressaillement

io6 PARADIS PERDU ,

» M'avertit que j'existe , et mon âme ravie » Retrouve avec transport la lumière et la vie.

« Lève-toi , disaitril, toi qui dois être un jour » Le père des humains , lève-toi ; ton séjour » Est celui du bonheur; viens , tes jardins t'atteiident^ ■ » Tes ombrages, tes fleurs, et tes fruits te dem^ndooL y^

» Il dit , saisit ma main , et , comme si des airs » Nous fendions doucement les liquides déserts., » De ses pieds suspendus à peine effleurant l'herbe , » Glisse , vole , et me pose au haut d'un mont superbe ,: >) En cercle environné d'arbjes majestueux.

» Là , tout est frais , riant , fécond , voluptueux » » Plein de fruits et de fleurs ; of près de ce bocage, » Tout ce que j'ai connu semble un désert sauvage. » J'avance : autour de moi pendent des pommes d'or ^ » Et mon avide main convoite leur trésor.

» Tout à coiq) je m'éveille : ô surprise ! mon songe » Etait une figure , et non pas un mensonge ; » Je vois ce qu'il m'a peint , et de mon doux sommeil » L'erreur se réalise au moment du réveil.

» Je marchais vers ces bois , quand de leurs voû1;j^ sombres^ » Une splendeur soudaine illumine les omlures : » Dieu , c'était Dieu lui-mém^ , apparaît à mes yeux;* » Un doux ef&oi saisit mon cœur religieux.

>^ A ses pieds prosterné , je l'adore et m'incline ^ » Jç. me sens relevé par cette main divine ;

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