‹ Paradis perdu (volume 2)Chapitre 38 sur 131 · LIVRE yiIL · texte numérisé non relu

LIVRE yiIL

fc L^ami que tu cherchais , me dît-il , le voici ; » Ce que tu. vois là^haut, ce ciui té charme ici , » Tout ce qui soiis tes pieds croît , fleurit et respiré , » Je t'en fais possesseur : la Terre est ton em{»re. » Embellis cet enclos , cultive ce jardin ; » Dans ce» riches vergers moissonne à |^leine main^ » Leur prodigalité passera ton envie»

» Mais Tarbre dii savoir près de Tarbre de vie » ( Regarde, il n'est pas loin), est planté dans ces lieux; » Adam , je t'interdis ce fruit pernicieux :

» Pour unique tribut , à ta reconnaisisance » J'impose cette utile et juste obéissance ; » De ta rébellion la mort serait le prix ; » Toi y les tiens , leurs enfants , exilés et proscrits , » Vous iriez, promenant votre juste infortune,. » Traîner dans lès déserts une vie importune. »

» U dit , et dans mes sens imprime une terreur » Dont le seul souvenir me glace encor d'horreur, » Quoique ma volonté , que nul pouvoir ne gène , » Ainsi que le forfait puisse éviter la peine.

» Cependant sur son front à la sévérité » Succèdent la douceur et la sérénité.

» Il poursuit , et me dit d'une voix consolante :

« O père d'une race à jamais renaissante J » Ton empire à ces lieux ne sera point borné; 9 ]S(oii : çç monde nouveau que mes mains ont orné „

io8 PARADIS PERDU ,

» A tous les tiens , à toi , je le donne en partage; » L'Air, la Terre et les Eaux seront votre héritage.: » Dès ce jour, je le veux, les brutes , les oiseaux, » Tes fidèles sujets et tes heureux vassaux , » Devant leur Souverain en foule vont paraître ; » Ils recevront des lois et des noms de leur msâtre ; » Seuls, ne pouvant quitter leurs humides états, » Les habitans des eaux ne comparaîtront pas. »

« Il dit , et tout à coup autour de moi se range » Des diverses tribus Tinnombrable phalange v » Par couples réunis, quadrupèdes, oiseaux, Sont accourus du ciel; des vallons, des coteaux. Sur ma tête attroupés , les uns battent des ailes;. D'autres , de mon pouvoir tributaires fidèles , Ont fléchi les genoux , et , soumis à ma loi , '

Semblent avec plaisir reconnaître leur roi* De mille instincts divers la foule m'environne , J'assortis à leurs mœurs les noms que je leur donne; Dieu même les dictait. Toutefois dans mon coeur Un vide inexplicable attristait mon bonheur ,. Quelque chose manquait à ce cœur solitaire :

» Heureux et mécontent , je m'écrie : Q mon père î y> O source de tout bien! toi de qui la splendeur » Efface tout éclat , passe toute grandeur , » O Créateur du monde! ô bienfaiteur de l'Homme l :i> De quel nom glorieux faut*il que je te nomme ?

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