LIVRE vin. • it
» Que tes bienfaits sont' grands! quHls sont riches! mais quoi!
f> Aucun être chéri ne les goûte avec moi.
» Que m'importe ce monde et ce vaste héritage?
» Ah ! les biens les plus doux sont les biens qu'on partage;
» Ainsi mon triste cœur s'exhale en liberté. ^
» Avec un doux sourire où se peint sa bonté : « Tu te plains d'être seul ,- dit l'Etemel ; ce monde » Si riche , si peuplé , cette terre féconde , » Ces nombreux animaux qui , pour flatter leur roi » » Viennent bondir, courir, folâtrer devant toi, » Ne te disent-ils rien? pour t'offrir leur hommage y » Leur voix a ses accents, leur geste son langage ; » Leur instinct quelquefois ressemble à la raison. » Mais je t'ai fait leur roi , sois content de ce don. »
» A ces mots , rappelant mon humble obéissance , , » J'ose implorer enCor la céleste puissance : » Si je crains ton courroux^ j'espère en ta bonté ; v < » O mon père! pardonne à ma témérité :
» A tes sévères lois je suis ptêt à souscrire. ; » Mais n'as-tu pas soumis la terre à mon empire ? . » Ne m'as-tu pas créé le roi des animaux?
y> Pour être mes amis, sont-ils donc mes égaux? » Non : d'un tendre penchant les sympathiques flammes » Veulent mêmes besoins, même esprit, mêmes âmes, » Le doux rapport des cœurs l'un par l'autre entendus, M L'échange 4^ plaisirs accordés et rendus.
%tx> IPARADIS PËtoV,
» Chaque animal choisit Tétre qui lui ressemble :
» L^un vers Tautre attirés , ils s^unissent ensemble»
y> Voyons-nous à Toiseau le poisson s'allier ^
>x Le lion aux brebis, et le singe au coursier?
y> £t celui qui les tient sous ses lois souveraines » ,
» L'Homme seul au hasard doit-il former des diaines ?
« Je le vois , répond-il d'un ton plein de douceur , » L'être semblable à toi peut seul remplir ton coeur : » Eh quoi! trouves-tu donc mon sort si déplorable? » Seul dans Fétemité , je n'ai point de semblable ; » A qui puis-je m'unir qui ne soit près de moi , » Moins que le ver rampant n'est aujourd'hui pour toi. ^
» Grand Dieu j lui répondis je , en tes sacrés mystères » Je suis loin de porter mes regards téméraires; » Mais l'Homme , tu le sais, de la perfection » Seul a reçu de toi la noble ambition ; » Et ne pouvant lui seul en combler la mesure ♦ » Hélas! il a besoin qu'une autre créature, » Un être son égal , lui prêtant son appui , » Soutienne sa faiblesse , et s'unisse avec lui. » L'être faible et borné qui finit et commence^ » En la communiquant, accroît son existence.
» Toi seul es tout pour toi; mais l'Homme hors de lui » Verse son existence , et renaît dans autrui. » Toi seul , avec toi-même habitant d'âge en âge ^ » Tu vis sans héritier , et jouis sans partage ;