‹ Paradis perdu (volume 2)Chapitre 40 sur 131 · LIVRE Vlit. ta · texte numérisé non relu

LIVRE Vlit. ta

» Mais pc!0x-tu rapprocher les sujets de lenr roi? » Commctit pourront les miens commercer avec moi? » Puis-je de ma raison leur prêter la noblesse , « A leur instinct rampant faut-îl qu'elle s'abaisse?

» Pardonne des désirs par toi-même enhardis.

« A tes vœux\ me dit-il , moi-même f applaudis; » J'ai voulu t'éprouver. C'était peu de connaître » Ces nombreux animaux dont Je t'ai fait le maître , » Et que ta voix naguère a sommes de leur nom : >> Tu te connais toi-même ; il suffit. Ta raison » Te sépare en effet , par un vaste intervalle , » De ceux que vers lât teire un vil instinct ravale. 5> Tu puisas dans mon sein les purs rayons des Cieux ; ^ » Tu reçus une autre âme, et vois par d'autres yeux.

» Conforme donc ta vie à ta noble origine.

» J'ai prévenu tes vœux :• l'objet que je destine » A consoler tes jours , je ne l'ai point cherché » Chez le peuple servile à la terre attaché. ' » J'ai voulu m'assurer si tu savais connaître » L*être digne en effet de s'unir à ton être. » Bientôt tu l'obtiendras , ce besoin de ton cœur , » Compagnon de tes jours, source de ton bonheur , » Ta plus chère moitié , ta plus fidèle image , y> Le plus doux bien de l'homme , et mon plus bel ouvrage. »

» A ces mots il se tait. En moi-même troublé , » De la splendeur de Dieu je me semis accablé.

kia Paradis perdu,

» Je n^ntendis plus rien ; cet entretien cëlestë

» De ma force mortelle avait usé le reste :

j> Et de son vif éclat , de sa puissante Toix ,

» Trop long-temps ma faiblesse avait porté le poids :

» Telle d^un feu brillant la vue est éblouie.

» Alors , pour ranimer ma force évanouie ,

» J^appelle le sommeil ; son voile officieux «

» Mollement déployé , revient fermer mes yeux ,

» Mes yeux seuls ; car Tesprit , Fesprit qui toujours veille ^

» Était ouvert encor. Tout à coup, 6 merveille 1

» Je vois , je reconnais ce fantôme divin

» Par qui je fiis porté dans ce riant jardin ;

» Je le vois, il se baisse vCt , dans mon corps qui s'ouvre,

» Sans effort, sans douleur , il enlève , il découvre

» Une côte ravie à mes flancs déchirés,

» Puis rejoint avec art les tissus séparés ;

» Le sang rentre , et bientôt de ma large blessure

» Les deux bords rapprochés ont fermé l'ouverture*

» Cette part de moi-même , il la forme ; elle prend

» Avec les traits de Thomme un sexe différent.

» Dieu! quel charme divin brillait dans sa figure!

» Jamais objet si beau n'embellit la nature ;

» Ou plutôt on eût dit que de leurs doux attraits

» Les habitants du Ciel avaient formé ses traits.

» Je la vis ; de ses yeux part un rayon de flamme ;

» Des plaisirs tout nouveaux ont inondé mon âme ;

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