LIVRE Vlit. ta
» Mais pc!0x-tu rapprocher les sujets de lenr roi? » Commctit pourront les miens commercer avec moi? » Puis-je de ma raison leur prêter la noblesse , « A leur instinct rampant faut-îl qu'elle s'abaisse?
» Pardonne des désirs par toi-même enhardis.
« A tes vœux\ me dit-il , moi-même f applaudis; » J'ai voulu t'éprouver. C'était peu de connaître » Ces nombreux animaux dont Je t'ai fait le maître , » Et que ta voix naguère a sommes de leur nom : >> Tu te connais toi-même ; il suffit. Ta raison » Te sépare en effet , par un vaste intervalle , » De ceux que vers lât teire un vil instinct ravale. 5> Tu puisas dans mon sein les purs rayons des Cieux ; ^ » Tu reçus une autre âme, et vois par d'autres yeux.
» Conforme donc ta vie à ta noble origine.
» J'ai prévenu tes vœux :• l'objet que je destine » A consoler tes jours , je ne l'ai point cherché » Chez le peuple servile à la terre attaché. ' » J'ai voulu m'assurer si tu savais connaître » L*être digne en effet de s'unir à ton être. » Bientôt tu l'obtiendras , ce besoin de ton cœur , » Compagnon de tes jours, source de ton bonheur , » Ta plus chère moitié , ta plus fidèle image , y> Le plus doux bien de l'homme , et mon plus bel ouvrage. »
» A ces mots il se tait. En moi-même troublé , » De la splendeur de Dieu je me semis accablé.
kia Paradis perdu,
» Je n^ntendis plus rien ; cet entretien cëlestë
» De ma force mortelle avait usé le reste :
j> Et de son vif éclat , de sa puissante Toix ,
» Trop long-temps ma faiblesse avait porté le poids :
» Telle d^un feu brillant la vue est éblouie.
» Alors , pour ranimer ma force évanouie ,
» J^appelle le sommeil ; son voile officieux «
» Mollement déployé , revient fermer mes yeux ,
» Mes yeux seuls ; car Tesprit , Fesprit qui toujours veille ^
» Était ouvert encor. Tout à coup, 6 merveille 1
» Je vois , je reconnais ce fantôme divin
» Par qui je fiis porté dans ce riant jardin ;
» Je le vois, il se baisse vCt , dans mon corps qui s'ouvre,
» Sans effort, sans douleur , il enlève , il découvre
» Une côte ravie à mes flancs déchirés,
» Puis rejoint avec art les tissus séparés ;
» Le sang rentre , et bientôt de ma large blessure
» Les deux bords rapprochés ont fermé l'ouverture*
» Cette part de moi-même , il la forme ; elle prend
» Avec les traits de Thomme un sexe différent.
» Dieu! quel charme divin brillait dans sa figure!
» Jamais objet si beau n'embellit la nature ;
» Ou plutôt on eût dit que de leurs doux attraits
» Les habitants du Ciel avaient formé ses traits.
» Je la vis ; de ses yeux part un rayon de flamme ;
» Des plaisirs tout nouveaux ont inondé mon âme ;