‹ Paradis perdu (volume 2)Chapitre 41 sur 131 · LIVRE VIIL ii · texte numérisé non relu

LIVRE VIIL ii

» tJn monde tout nouveau vient s'offrir à mes yèùx ; » Le Ciel devient plus pur , l'air plus délicieux. » Tout à coup elle échappe, elle fuit; je m'éveille : » Où vas-tu? m'écriai-JB , ô céleste merveille ! » Reviens ; je veux revoir , adorer tes attraits ^ » Ou dans ces lieux déserts te pleurer à jamais; » Et quels plaisirs mon cœur eût-il goûtés sans elle? » Je vole , je l'atteins , et la trouve aussi belle » Que le sommeil l'avait présentée à mes yeux. » Tout ce qu'ont de beautés et la Terre et les Cieux >» S'éclipse devant elle : elle vient ; Dieu lui-même » (Ah! dansée doux moment j'ai connu si Dieu m'aime), » D'une invisible main guidait vers moi ses pas. » Par la nature instruite , elle n'ignorait pas » Le$ saints droits de l'hymen et sa chaste tendresse* » La beauté dessina sa forme enchanteresse ; » Le Ciel est dans ses yeux , sur son front la candeur ; » Ses moindres mouvements ont un charme flatteur ; » La Volupté , l'Amour , l'essaim riant des Grâces , » Composent son cortège , et volent sur ses traces* » Dieu puissant , m'écriai-je , éperdu , hors de moi , » Le voilà donc enfin , ce bien promis par toi ! » Sévère et bienfaisant, par quelle douce ivresse » Tu viens de racheter un moment de tristesse ! » Auteur de tous les biens , à ma félicité , » Mon cœur avec transport reconnaît ta bonté; n, 8

ni PARADIS PEfOiU,

» C^est toi qui m^as choisi ma compagne fidèle;

» La beauté vient de toi , mais rien n'est beau comme elle :

» De ma propre substance elle naquit par toi;

:» C'est moi que j'aime en elle , elle que j^aime en moi.

» L'époux doit pour sa femme abandonner son pèFe ;

5> Le père dans ses fils adorera leur mère :

» Tous les deux ne seront qu'un esprit et qu'un cœiff,

y> Enchaînés par l'amour , unis par le bonheur.

» Eve entend mes discours ; et, quoique Dieu kii-ménae

5) L'eût conduite à l'époux qu'elle adore et qu'elle aime,

» L'honneur , la dignité , la timide pudeur ,

y> Qui des plus doux transports dissimulent Pardeur,

:» Qui , rougissant d'aller au-devant des caresses ,

» Repoussant mollement les plus chastes tendresses^ ,

y> Et , pour mieux lui céder combattant le désir,

:» Par d'amoureux délais augmentent le plaisir ,

» La retiennent encor; dans sa crainte ingénue,

» Elle me voit , tressaille , et recule à ma vue : *

:» La nature inspirait ses innocents refus.

y> Je la suis , sa fierté ne me résiste plus ;

y> Le devoir en triomphe , et sa noble innocence

>> Obéit avec grâce et cède avec décence :

» Sa docile pudeur m'abandonne sa main ,

»• Je la prends , je la mène au berceau de l'hymett ,'

» Fraîche comme l'Aurore , et rougissant comme eHe?-

>> Tout me félicitait en la voyant si belle.

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