‹ Paradis perdu (volume 2)Chapitre 47 sur 131 · SUR LE LIVRE VIII · texte numérisé non relu

SUR LE LIVRE VIII

les caresses données et rendaes ; car c'est moins rinstruction qu'elle cherche que le plaisir d'être instruite par son époux. Le discours où Adam exprime à Raphaël le plaisir qu'il prend à l'entendre , est plein des plus doux sentiments et de la plus aimable poésie.

Avant de représenter Adam racontant à Raphaël l'histoire de sa naissance , Milton a évité avec beaucoup d'esprit une grande difficulté. Si Raphaël à cette époque eût été dans le Ciel , Adam n'aurait pu lui raconter ce qu'il aurait su comme les autres Anges. Raphaël lui apprend donc qu'alDrs , par l'ordre de Dieu , il avait été visiter les confins de l'Enfer , et qu'il n'était revenu au Ciel qu'après la création , le jour du repos de Dieu. La courte peinture qu'il fait de l'Enfer est heureusement imitée de Virgile.

Le récit de la naissance d'Adam fait par lui-même est re-* gardé, avec raison ^ comme un des plus beau"^ morceaux du ^oème. On y trouve toute la vérité qu'on peut désirer dans une peinture sans modèle ; ou^lutôt Milton a mieux fait que de peindre , il a deviné. Tout 5P les impressions qu'il prête au cœur d'Adam^ nouvellement créé , à l'aspect des différents tableaux de la nature , dont les beautés l'environnent en foule, sont de la plus grande vraisemblance. Horace nous dit que les poètes doivent emprunter le fond des idées aux philo- , sophes.

Rem tibi Socraticse poterunt ostendere cKartse,

Mais ici le poète a iburiû des idées aux philosophes , et M. de Buffon , en peignant l'homme naissant et les diverses aQeçtions qu'il, reçoit de& objet» de la nature , présentés à ses.

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yeux pour la première fois , n'a pas dédaigné d'emprunter phisieurs images de l'Homère anglais , et même l'idée entière de cet admirable tableau.

On trouve dans ces vers ce qu'on a écrit peut-être de plus frappant en faveur de l' existence de Dieu , dont Milton fait une idée innée. Adam à peine formé veut savoir l'auteur de sa naissance ; il le demande aux forêts , aux vallons , aux montagnes , au Ciel y à la Terre : il sent qu'il ne s'est pas fait lui-.même , et déjà il existe pour lui un créateur , et l'expression de cet instinct céleste , si j'ose ainsi parler, vaut toutes les preuves métaphysiques de l'existence de Dieu.

Rien de plus naturel que les idées que fait naître dans le cœur d'Adan» son premier sommeil ; il le prend pour un second néant : mais bientôt il croit renaître à la voix du fantôme charmant qui l'invite à le suivre , ou plutôt qui le transporte légèrement sur la belle montagne où son jardin l'attend. Pour y arriver, il ne marche point sur la terre , il glisse douce- ment dans l'air. Cette marc^ convient également et à la poésie et aux êtres aériens.

La description àcS animaux con>paraissant dicvant Adampour lui rendre hommage et recevoir leurs noms , est pleine de la plus riche variété et de la plus aimable poésie.

L'expression la plus sublime de l'instinct social et dti besoin d'une compagne , se trouve dans le discours qu'adresse i\ Dieu le premier homme : il vient de lui donner l'empire <lu monde , et son cœur éprouve encore un vide. Cette idée amène d'une manière admirable la naissance d'Eve. Dieu paraît résister un instant à sa demande , et lui dit qu'entouré des animaux dont il l'a noinmé le roi , il ne doit paâ se croire seul. Adam lui fait la réponse la plus touchante et la pluii -

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philosophique. Diçu lui répond qu'il n'a voulu que l'éprouver. Voilà peut-être un de ces défauts de convenance qu'on trouve quelquefois dans Milton. Feindre est indigne de Dieu ; il peut éprouver l'homme et non pas le tromper. Le récit de la création d'Eve n'est pas moins heau que celui de la naissance d'Adam. iPeut-être la côte enlevée au premier homme , le sang qui coule de sa blessure, celte blessure refermée, sont peints d'une m^ière un peu trop chirurgicale ; mais tout le reste du récit , la description de la beauté d'Eve , toute la nature éclipsée devant elke , sont un tableau divin. C'est avec un art infini que, pour prolonger l'intérêt de ce. moment, Milton suppose qu'Eve s'échappe et fuit devant, son époux. Cette fuite donne lieu au discours tendre et passionné qu'il lui adresse. Le moment ou il l'atteint est peint avec la plus grande délicatesse ; la pudeur d'Eve , sa molle résistance, ses délais amoureux, enfm sa pudeur vaincue abandonnant sa main à la main de son époux , forment un tableau délicieux. Mais rien n'égale la beauté des images dont le poète a peint le premier hymen dont le monde nouvellement créé fut témoin : les astres , les bois , les ruisseaux , les fleuves , les oiseaux , toute la nature en célèbre la fête. On ne peut peindre d'une manière plus passionnée que ne le fait Adam^ dans son discours à Raphaël, les premières impressions qu'il reçoit de cet objet adorable ; elles sont si profondes , qu'il semble un instant dégoûté de toutes les beautés de la nature ; il ne voit plus , il n'entend plus

qu'elle.

Toutefois , je le sens, des terrestres plaisirs ,

Si j*en excepte un seul , le sentiment s*émousse :

Ces fruits semblent moins beaux , et leur saveur moins douce ;

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