‹ Paradis perdu (volume 2)Chapitre 56 sur 131 · LIVRE IX. i · texte numérisé non relu

LIVRE IX. i

» Non , ne sois point surprise , et ne t*irrite pas,

» Si, brûlant d'admirer, d'honorer tes appas,

^ Malgré ton air auguste et ta forme imposante ,

» Moi seul des animaux devant toi me présente ;

» Et , par excès d'amour devenant indiscret ,

» Viole pour te voir ton asile secret.

» O d'un auteur divin incomparable ouvrage!

» Mon œil, sans se lasser, voit dans toi son image;

» Plus j'observe tes traits, plus tu sais me charmer;

» Tout vit pour te connaître , et tout sent pour t'aîmer.

» Mais de quel triste empire on te fit souveraine!

» Il faut d'autres sujets pour une telle reine ,

» Des yeux de ta beauté dignes admirateurs,

» Et d'un si noble objet moins vils adorateurs.

» Tous ces nombreux sujets que t'a soumis ton maître,

» Sont faits pour te servir, et non pour te connsdtre,

» L'Homme seul , animé par un céleste feu ,

» A droit d'apprécier le chef-d'œu>Te de Dieu.

» Mais à tant de vertus l'Homme peut-il suffire?

>y 11 te faut un plus vaste , un plus brillant empire.

» Oui, le palais des Cieux doit être ton séjour,

» Les astres ta couronne , et les Anges ta cour. »

Ainsi le tentateur, caressant et timide , Par l'attrait décevant d'un éloge perfide , Préludait avec art, et, par ui^ton flatteur.

Se frayait doucement le chemin de son cœur^

i54 PARADIS PERDU,

Au son de cette voix , à rHomme seul donnée ; Fixant sur lui les yeux , Eve reste étonnée t <c Quoi! la brute , dit-elle, atticule des sonsl » Elle a notre langage , elle a nos passions , » Comme nous les exprime. O surprise! veillé-je? » L'Homme seul , ce me semble , obtint ce privilège ; » Et le destin n'ticcorde à nos humbles sujets » Qu'un murmure confus, et des sons imparfaits. » Depuis quand donna-t-il à leur race muette » Ce langage , de l'âme éloquent interprète ? » Celui-ci, cependant , en son geste, en son air, » Montre je ne sais quoi de plus grand , de plus fier ; » Un céleste rayon dans ses yeux étincelle. » Après un long silence , « O serpent , reprit-elle , » Réponds-moi : je savais que la faveur des Cieux » Te fit des animaux le plus ingénieux ; » Mais je ne savais pas que sa loi souveraine » Aux formes d'une brute unît la voix humaine. » Pourquoi donc en ces lieux ne trouvé-je qu'en toi i> Ce langage flatteur , et si nouveau pour moi ? »

Le perfide répond : « O beauté sans seconde , » L'amour , l'étonnement et la reine du monde ! » Commander est ton sort , t'obéir mon devoir. » Mon destin est changé : long-temps tu m'as pu voîr^ » Vers la terre , comme eux , courbé par la nature y. » Avec les animaux partager leur pâture.

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