LIVRE IX. %5j
» Plus tu vantes ici ce fruit nouveau pour moi ,
» Dont les sucs n'ont encor divinisé que toi ,
» Et plus je (lois douter. Mais réponds-moi , sa tige
» Croît-elle loin de nous? où trouver ce prodige?
» En arbres si divers ces lieux sont abondants!
» Mon œil voit tant de fruits à leurs branches pendants !
» La Terre en est prodigue ^ et quelque jour, peut-être;
M D'heureux cultivateurs une race doit naître ,
» Qui de ces plants nombVeux de leurs fruits surchargés
» Dépouilleront enfin les rameaux soulagés. »
L'astucieux serpent que ce prélude enchante , Lui répond : « O ma reine ! ô beauté ravissante ! » Cet arbre n'est pas loin : près de ces lieux chéris , » Par-delà ces bosquets et ces myrtes fleuris , » Dans ces lieux arrosés d'une fraîche fontaine , » Un doux et court chemin t'y mènera sans peine ; » Et si ta volonté ne s'y refuse pas , » Moi-même avec plaisir je conduirai tes pas. » « Eh bien ! dit-elle , allons. » L'auteur de sa ruine , Presque sûr du succès , aussitôt s'achemine , Glisse rapidement, rampe moins qu'il ne court. Et même en serpentant rend le chemin plus court: L'espoir brille en ses yeux, il relève sa tête ;' D'un rouge plus ardent il enflamme sa crête. ■• Telle , enfant des marais , une humide vapeur ^'embrase dans la nuit; de son phare trompeur
î56 PARADIS PERDU ,
Le voyageur séduit voit la lueur ministre , Des esprits malfaisants pernicieux miaistré : Malheureux! à travers la vaste ohscurîte , Il marche , il erre , il suit Tinfidèle clarté ^ Et y de Tastre perfide ignorante victime , Tombe englouti dans Tonde ^ ou plongé dans Ti
Ainsi brillait Satan : tel , vers Tarbre fatale» Auteur de notre perte et la source du mal , 11 conduit la jcime Eve ; elle le voit , s'arrête : « Serpent , garde pour toi ta lirilladorte conquête , » Lui dit-eUe : ce fruit sil:>eau , si merveiUcax^ » Qui tranrforma .ton ^tre et qui t'ouvrit les dieux ^ » Le toucher seulement pour moi serait un crime... » De tous les autres fruits Fusage légitime » Nous fut abandonné par le suprême roi :
» Son ordre est la raison , la raison notre loi. »
« Eh quoi ! répond Satan, vous, les maîtres du monde,, » Parmi les fruits divers dont ce jardin abonde , » Il en est que le Ciel interdit à vos mains! » ^ « Eh bien ! qu'ont de cruel oes ordres souverains ?
» Dieu nous laissa d'Eden la libre jouissance : » Des présents infinis que nous fait sa puissance^ » Cet arbre , qui s'élève au centre du jardin , » Est lui seul excepté par son ordre divin :
» Gardez-vous d'y toucher! nous a-t-il dit lui-même ^ » Autrement vous mourrez. » De son vil stratagème