LIVRE IX. 17S
Les Cieux! ah! leurs plaisirs ne sont plus faits pour eux; Leur saint amour n^est plus qu'un, délire honteux. Adam fixe sur elle un regard immodeste , « Et ses yeux ont perdu leur pureté céleste :
Ses caresses sans frein affligent la pudeur ; Et , dans Temportement de sa brutale ardeur , Adam , déjà si loin de Theureuse innocence j Du plaisir , en ces mots , enhardit la licence :
« Que ne te dois-je pas , chère épouse ! jamais » Un fruit si ravissant n'a flatté mon palais. » Pourquoi de notre goût Fignorante caresse » A-t-elle de ces fruits connu si tard Fivresse ? » Mais des plaisirs plus doux sollicitent mes sens : D Chère épouse , jamais tes attraits innocents , ^ Avant ce fruit di^in , n'ont tant charmé mon âme ; » Tu lui dois tes appas , et je lui dois ma flamme : » Jamais rien de si beau n'a paru devant moi ; » Je le sens aux transports que j'éprouve pour toi. »
Alors d'un œil où brille une gsuté folâtre , Provoquant la beauté que son cœur idolâtre , Il lui lance un regard précurseur du plaisir ; L'amour a reconnu le signal du désir.
A sa douce demande elle ji'est point rebelle ; Son sourire répond au regard qui l'appelle ; Adam saisit sa main ; sous un toit d'arbrisseaux Dont les rameaux fleuris se voûtent en berceaux ,
Oubliant cette adroite et molle résistance Qu^oppose aux doux ébats la pudeur qui balance ^ Eve suit soq époux ; sur leurs pas mille fleurs , Diverses de parfums , de formes , àt couleurs , L'iris , la violette , et la sombre hyacinthe , De Talcôve amoureuse ont tapissé l'enceinte ; La rose exhale autour son baume le plus pur : Leur couche brillait d'or , et de pourpre et d'azur ; Et sous eux la pelouse , et plus molle et plus douce ^ En lit voluptueux avait enflé sa mousse- Enfin aux voluptés succède le sommeil ^ Sommeil affreux, suivi d'un plus aflteux réveil! Le fruit qui de leur vie empoisonnait la source , De leur sang embrasé précipitant la course , Fascine leurs esprits de prestiges trompeurs. Le jour luit à leurs yeux ; des fantômes vengeurs , A leurs sens éperdus , à leur âme tremblante , Le réveil offre encor l'image menaçante.
Il se lèvent : saisis d'un long étonnement , Tous les deux interdits se fixent tristement. Où sont leur innocence et leur vertu première ? L'un et l'autre maudit la fatale lumière Qui luit pour son malheur à ses yeux éblouis : Repos , grâces , beauté , se sont évanouis.
Qu'êtes- vous devenue , heureuse confiance Que donne des vertus la douce conscience ?