‹ Paradis perdu (volume 2)Chapitre 7 sur 131 · II · texte numérisé non relu

II

i8 PARADIS PERDU,

Et parmi les débris s'ouvre un large chemin^

Il oppose à ses coups son bouclier divin ,

Son bouclier immense , épais , inébranlable ,

Qu'un triple diamant rfl||iait impénétrable.

Michel à son aspect a suspendu son bras :

Il prétend par sa chute achever ces combats;

Et marchant sur sa tête , ou lui donnant des chaînes f

Terminer tant de maux , de combats et de haines*

il vient , et , lui lançant un sinistre coup-d'œil^

Par ces terribles mots abaisse son orgueil :

« Ange du mal, auteur d'une guerre cruelle, » Inconnue avant toi dans la paix étemelle ; » Guerre funeste au .Ciel , odieuse à son roi , » Mais dont tous les malheurs vont retomber sur toi ; » Oui , sur toi , misérable ! et sur tes vils complices l

^ » Toi seul de la patrie as troublé les délices , » Affligé la Nature , et jeté dans son sein » De malheurs inouis un innombrable essaim , y* Et , soufflant aux cœurs purs tes fureurs criminelles , » Changeas en conjurés des serviteurs fidèles. » Pars : en vain tu voudraiatroubler encor les Cieux ; » Dieu te chasse à jamais de ces paisibles lieux , » De la douce union demeurç fortunée , » D'où s'exile avec toi la haine forcenée , » Et la triste discorde , et les sombres complots ;

- » Pars ; emmèae avec toi , dans tes ai&eux cachots ^

LiViRÈ VI. 1^

^ Lés malheurs y les forfaits , ta famille exéci'able ; » L'Enfer accueillera ta race abominable :

» Cours entendre à loisir , dans ce séjour d'horreur , ' » Les cris de la Discorde et ceux de là Fureur ; » Pars , a^ant que sur toi ma main s'appesantisse , » Ou que d'un Dieu Vengeur la trop lente justice , » De son* bras suspendu précipitant les coups , » Dans un gouffre de maux vous engloutisse tous. » << »-« Cesse , répond Satan , tes n)ienaces^ frivoles : » A qui brave ton Dieu qu'importent tés paroles? » De mes derniers soldats nul n'a fui devant toi , » Chacup tombe avec gloire , ou combat sans effroi. » Je m'arme , prétends-tu , pour une cause injuste ! » Va , ces grands intérêts , cette querelle auguste » (J'appelle par son nom la cause des héros) , » La force en doit juger et non tes vains propos. » Ou nous triompherons par la force des armes , » Ou bientôt de ce Ciel , pour vous si plein de charmes i » Nous ferons un enfer : dans ces affreux états , » "Si je ne règne point , je ne servirai pas ; ' » La Liberté sublime y suivra ma misère.

» Toi, viens, en attendant, méprisable adversaire , » Viens ; et joins , si tu peux , à ton bras menaçant , » Les foudres de ce Dieu qui se dit tout-puissant: 3> Loin de fuir devant vous , devant ce Dieu suprême v » C'est moi, qui danscesliéux viens vouscherchermoi-méme. »

ao PARADIS PERDU,

Leurs discours aussi-tôt font place à leurs exploits i Ces exploits immortels dont les célestes vpix Ne sauraient ni compter ni nombrer les merveilles. Eh ! comment faire entendre à vos faibles oreilles Ces prodiges lointains ? A quel objet mortel Comparer ces hauts faits de Pempire étemel?

Ou. comment élever l'intelligence humaine Jusques à la hauteur de cette grande scène ?

A leur port, à leur air , on croirait voir des dieux ^ Seuls faits pour décider la querelle des Cieux. Déjà des deux c^tés , dans leur main menaçante , Que peut seule égaler la main toute^puissante , Brille le fer terrible : et bientôt dans les airs Leurs glaives enflamniés font jaillir mille éclairs ; Au grand orbe du jour leur bouclier ressemble: Tels deux soleils rivaux se défîraient ensemble. Aux lieux où Ton combat avec plus de chaleur , L'attente a quelque temps enchaîné la valeur ; Tout frémit , tous les rangs repliés en arrière Laissent aux deux rivaux une large carrière. *

Un désordre moms grand régnerait dans les airs , Si , troublant tout à coup la paix de l'univers , Deux astres ennemis , dansleur lutte terrible , Se cherchaient , se heurtaient avec un bruit horrible 4 JEt , dans l'espace immense , égarés , furieux , Epouvantaient la terre et menaçaient les Cieux.

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