‹ Paradis perdu (volume 2)Chapitre 8 sur 131 · UVRE VI · texte numérisé non relu

UVRE VI

iDéjà levant un bras qui ne cède en puissance Qu^à celui qui «du Ciel courba la Voûte immense y Chacun prépare un coup qui du Ciel incertain Décide la querelle et commande au destin^.

Tous deux égaux d'ardeur , de force , de vaillance ,: Ont laissé quelque temps la victoire en balance '^ Mais la gloire en est due au glaive de Michel , Glaive divin , sorti des arsenaux du Ciel.

Sur lui le fier Satan fond , la pointe baissée ; D'un seul coup de Michel sa lance fracassée Tôle en éclats ; soudain le glaive étincelant Revient , tourne , s'abat , et lui perce le flanc. Pour la première fois éprouvant la souffrance y L'affreux Satan l'endure avec impatience ; Tout son corps en frémit , tant le glaive divin D'une blessure immense a déchiré son sein.

Cependant il survit au coup épouvantable :

(Tout habitant des Cieux naquit impérissable ',y Les tissus désunis sont bientôt rapprochés ; Mais de son sang qui fuit les torrents épanchés , De ce sang pur qui coule en ses veines célestes , De sa force affaiblie ont épuisé les restes.

On vole à son secours : se^ fidèles guerriers Sous son corps suspendu joignent leurs boucliers ^ L'emportent sur son char , où sa brillante armure Rougit encor du sang sorti de sa blessure.

sa PARADIS PERDU ,

Là , des champs de la gloire et des siens sépara ^ • De honte , de r/egret, de remords déchiré, Il s'indigne de voir sa puissance avilie De fléchir sous le Dieu dont le bras Thumilie » De ce Dieu dont naguère il se croyait Tégal.

» Mais enfin le repos guéritf le coup fatal : Des habitans du Ciel é^mnant privilège , Dieu , de la vie en eux plaça partout le siège ; Leur substance, fluide et pure comme Tair, Comme lui peut braver les atteintes du fer :

Où la vie^'est partout , la mort perd son empire. En eux tout sent , tout voit, tout écoute et respire ? Libre dans ses désirs, chacun d'eux à son choix Peut changer de couleur, et de forme , et de voix, . » Cependant loin de là, plus d'un Ange fidèlç Ne signalait pas moins s^ vaillance et son zèle. Là , tonnait Gabriel ; devant ses étendards Ses ennemis vainciis fuyaient de toutes parts. ' Moloch s'offre h ses coups, Moloch, roi sanguinaire ; Il s'irrite à Taspect de ce fier adversaire : Le barbare à son char prétendait renchaîner , Et captif à sa suite en pompe le traîner^ Mais , de Dieu blasphémé vengeant soudain Pinjure y De son large poitrail jusques à la ceinture , Il fend son vaste corps ; le çionstre furieux D^af&eux mugissements fait retentir kç Gieox ^

LIVRER. * a

Et , de ceux qu^3 bravait devenu la risée , Fuit , et trsdne en fuyant son armure brisée.

» Aux ailes de l'armée , Uriel 'à son tour , Avec lui Raphaël y signalaient ce grand jour. Dé deux grands potentats qui , fiers de leur stature ^ D'un roc de diamant composaient leur armure , Ils terrassent l'orgueil , et jettent à leurs pieds De ces rivaux du Ciel les fronts humiliés ; Ils roulent ; et le fer , domptant leur arrogance^ Entr'eux et l'Etemel a marqué la distance.

» Oh! combien de hauts faits ^ combien d'exploits fàymeux Dignes d'être chantés en vers brillants comme eux 1 Mais aux esprits divins qu'importent nos louanges? La voix du Ciel suffît à la gloire des Anges. Nos rivaux en honneur ne nous céderaient pas , Si des motifs plus purs avaient armé leurs bras ; Ils manquaient de vertu ^ mais non pas de vaillance r Rien nop peut surpasser leur fière résistance. Mais Dieu de la mémoire effaça les méchants ; N'allons pas de letCrs noms déshonorer mes chants i L'orgueil les égara , que l'oubli les punisse : La gloire ne peut être ou n'est pas la justice.

» Déjà leurs. rangs pliaient, déjà de toutes parts Fuyaient désordonnés leurs bataillons épars.

Ce n'était plus la pompe et l'orgueil de la guerre i Partout d'afiGreux débris couvraient au loin la terrev '

Partout des dards rompus , des guerriers renverses; Des coursiers abattus et des chars fracassés. Tout fuit ; tous ont fléchi sous la main qui les dompte ; Xls semèrent le trouble , ils recueillent la honte, ïel n'était point Taspect des vrais soldats des Cieux, Du Monarque éternel sujets ^'ictorieux ; Calmes, le<:œur joyeux, le corps invulnérable ^ En ordre s'avançait leur troupe inébranlable ; Leur armure est idivine , et leurs bras indomptés. Quelquefois hors des rangs par la force emportés , Ils rentrent plus ardents , et leur milice sainte , Con!ibattant sans remords , combat aussi sans crainte.

» Enfin la nuit revient, le silence la suit, Et des affreux combats a fait taire le bruit ; Les vainqueurs, les vaincus sont couverts de son ombre. Dans la plaine fatale où des débris sans nombre Attestent leur valeur, les célestes héros Au sein de la victoire attendent le repos :

Partout sont répandus de nombreux sentinelles. Satan part , entraînant ses légions l'ebelles; Et la rage à ses yeux refnsant le sommeil.

Il harangue en ces mots son nocturne conseil :

« O braves compagnons ! ce combat ipémorable » A fait de vos grands cœurs une épreuve honorable'; » Et de la liberté -généreux défenseurs , » Vous n'avez point subi le joug des oppresseurs*

» Mats ce bonheur n'est pas le seul prix où j'aspire :

» Je combats pour l'honneur, je combaits pour rempire:

>) Ce jour de TOtre gloire a Commencé le cours,

» Ce que Vous avez pu , vous le pourrez toujours. .

» Ce Dieu , tyran cruel , monarque imaginaire ,

» Sous le sceptre odieux du pouvoir arbitraire

» Devait courber nos fronts ; son regard prompt et sûr

» Pouvait de TaVenir percer le voile obscur ;

» Ce jour vous a montré s'il était infaillil)le :

» Bientôt il apprendra qù'ï n'est pas invincible.

» Nous avons, je le sais, malgré notre valeur,

» Eprouvé la défaite et senti le malheui: ;

» Mais la douleur , qu'est-elle à côté de la honte ?

:» Qui l'ignore , la craint ; qui la connaît , la dompte;

» Nos malheurs aisément peuvent se corriger :

» Pour nous la vie est longue , et le mal passager ;

» Cette forcé accordée aux célestes natures

» D'elle-même à l'instant referme nos blessures;

» Notre perte est légère , et notre espoir entier.

»"Mais à de faibles traits c'est trop nous confier :

». Puissants par la valeur, soyons-le par les armes;

» A l'auteur de nos maux renvoyons les alarmes;

» Egaux par la nature v osons l'être en pouvoir.

» Sur des^ moyens cachés s'il fonde son espoir,

» Si pour nous sa pufiissance est encore un mystère ,

» Tandis que la raison brille en nous toute entière ^

» Sachons ce tpii peut rompre ou servir ses projet» ; » Ce qui fit nos malheurs , ce qui fit ses succès. » C'est pour ce grand dessein que ma voix vous rassemble » Arrachons son secret; qu'il le sache , et qu'il tremble. »

» Il dit ; et tout à coup j au milieu du sénat y De Fempîre des Cieux un vaillant potentat , Messiroch s'est levé : tout son dehors atteste De ce jour désastreux l'événement funeste ; Sa cuirasse €st rompue, et son casque est brisé. Triste, sombre et pensif, et de force épuisé, Il commence en ces mots ; « ô guerrieivmagnanime î » Inébranlable aj^ui d'un pouvoir légitime , » Par qui des dieux encor nous conservons Ics^droits ,t » Contre l'usurpateur qui nous prescrit des lois » En vain nous opposons des armes inégales; » Des dieux mêmes, des dieux, datis ces luttes fatales^^ » Doivent céder à ceux qui, plus heureux que nous , 9 Ignorant la souf&ance , échappent à nos coups. y^ Et que pourrait la force unie à la vaillance , » Quand l'horrible douleur fatigue la constance , » Et, des plus grands guerriers décourageant Teffort^ » Aux armes du plus faible expose le plus fort? » On peut , des voluptés s'ititerdisant l'ivresse , » Goûter le calme heureux où se plaît la sagesse , » A sa douce apathie arrêter son désir :

ce Le doux repos de l'âme est sdn premier plaisit';^

Page 1