‹ Paradis perdu (volume 2)Chapitre 75 sur 131 · LIVRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME

»^ ATÀN était vainqueur : sa trame criminelle ,

Eve par lui trompée , Adam séduit par elle ,

L'Etemel a tout su ; car comment échapper

A ce regard perçant que rien ne peut tromper ?

Bon , mais juste, il permit qu'à l'Homme qu'il protège ;

Pour éprouver sa foi , Satan tendît un piège.

Armé par la sagesse , et maître de son cœur ,

L'Homme de ce combat pouvait sortir vainqueur,

Éviter le danger , et repousser l'atteinte

Ou de la force ouverte ou d'une amitié feinte.

Dieu même avait parlé ; Dieu de ce fruit mortel

Leur avait interdit l'usage criminel :

Complices tous les deux, tous les deux sont victimes

D'un crime qui doit seul enfanter tous les crimes :

Rien ne peut les sauver. Alors du triste Eden ,

Les milices du Ciel désertent le jardin ;

Amis zélés de l'Homme et muets de tristesse ,

Ils quittent pour les Cieux l'objet de leur tendresse ;

Ils ne conçoivent pas quel art insidieux

A pu cacher Satan et son piège à leurs yeux.

igS PARADIS PERDU ,

Ils arrivent : déjà , ds^ns la cour immortelle ,

Les avait précédés la fatale nouvelle.

Les Anges des humains déploraient le malheur :

Mais leurs traits ne sont point flétris par la douleur ^

Et , dans les saints plaisirs où leur âme se noie ,

A travers la pitié laissent briller la joie :

Tous , brûlant de savoir comment THomme a péri ,

Accourent sHnformer de ce couple chéri.

Mais un soin plw pressant au Maître du tonnerre *

Conduit les purs esprits députés sur la terre :

Ils partent , et , brûlant de lui prouver leur foi ,

Courent se prosterner au trône de leur roi.

De la profonde nuit que la flamme environne ,

En ces mots foudroyants tout à coup sa voix tonne :

u Chérubins , Séraphins , que vos cœurs généreux

» Soient affligés pour l'Homme, et non pas malheureux.

» L'Homme est tombé ; mais vous , bannissez la tristesse :

» Son sort peut- il des Cieux exciter l'allégresse ?

» Le jour même où Satan s'échappa des Ejifers ,

» Des fragiles humains j'ai prédit les revers :

» Qu'ils ne se plaignent point ; l'Homme fut créé libre ;

» Lui seul de la raison a rompu l'équilibre.

» Ils ont cru , quand sur eux j'ai suspendu mes coups,

» Pouvoir impunément rire de mon courroux ;

« Mais , si la Terre a vu ma clémence outragée ,

» Ma justice , du moins, en reviendra vengée.

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