‹ Paradis perdu (volume 2)Chapitre 76 sur 131 · LIVRE X. ^ igq · texte numérisé non relu

LIVRE X. ^ igq

» Pars; c'est à toi, tnon fils, de soutenir tes droits :

» L'Air, la Terre et FEnfer reconnaissent tes lois.

» Pourtant que la pitié dirige la justice :

ii Pars, que l'Homme à ce choix connaisse un Dieu .propice.

» Entre le monde et moi , divin médiateur ,

M Mon fils est sa rançon , il est son rédempteur.

» C'est à toi d'infliger et d'adoucir la peine ;

» Que l'amour 'dans ton cœur adoucisse la haine!

A ces mots , vers sa droite où le Verhe est assis , Le père tout entier s'imprime dans son fils; Et le fils , tout brillant des splendeurs qu'il partage , Du pouvoir paternel est l'éclatante image.

» O mon père! dit-il avec un front serein , » Commandez , j'obéis : qu'ainsi mon souverain » Daigne m'associer à sa gloire éternelle ; » Je pars , je vais juger leur race criminelle : }> Mais, j'en ai fait serment; quand l'âge dans soa cours » Aux temps prédestinés aura conduit les jours , » Moi seul , de leurs forfaits je dois porter la peine : » Réparateur divin de la nature humaine , » J'en ai fait la promesse et ne m'en repens pas , » Holocauste sacré, j'arrêterai ton bras.

» Piçrmets à la pitié d'attendrir la justice ; » Que la miséricorde à l'équité s'unisse ; » Que la Vengeance marche à côté du Pardon , » Et fasse un jour bénir et redouter ton nom.

» L'Homme à jamais en moi doit til^uver son refuge;

» Mais loin du tribunal où je serai son jiige ,

» Seul j'interrogerai ce couple malheureux.

» Quant à l'instigateur de ce crime odieux,

» Sa honte le trahit et sa fuite l'accuse ;

» Qu'il tremble ; le serpent lui-même est sans excuse. »

Il dit; et du séjour de la Divinité , Où, rayonnant de gloire et d'immortalité, Il siège sur son trône à côté de son père , En monarque indulgent plus qu'en juge sévère „ Il part. Trônes, Vertus, Princes et Potentats, Jusqu'aux confins du Ciel prêts à suivre ses pas. Rangent autour de lui leurs brillantes cohortes. * Déjà de l'Empyrée ils ont touché les portes, D'où se montre d'Eden l'aspect délicieux.

Là , sans suite et sans cour , de la hauteur des Gieux Il s'élance , des airs fend l'océan liquide ; La lumière est moins prompte et le temps moins rapide*

Le Soleil moins ardent penchait vers son déclin ; Les folâtres Zéphyrs, errants dans le jardin. Glissaient d'une aile agile , et de ces verts bocages Un doux frémissement agitait les feuillages.

Les deux époux erraient sous la voûte des bois ^ % Et de Dieu tout à coup ils entendent la voix ; Cette voix, par l'écho doucement répétée, A l'oreille d'Adam par les vents est portée*.

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