LIVRE X, aoS
» Et d'horribles douleurs déchireront ton sein.
» C'est peu , de ton époux je fais ton souverain ; .
» Tu seras sa sujette. Et toi , dont la faiblesse
» Pour elle a transgressé les lois de ma sagesse ,
>j Homme , tu paîras cher ton infidélité :
» La pâture à tes yeux va perdre sa beauté^^
» Ingrat! ta compteras tes jours par tes misères.
» Les champs te prodiguaient leurs tributs volontaires :
» Il faudra tourmenter un avare terrain ;
» La sueur du travail arrosera ton pain.
» Pour toi l'âpre buisson et la ronce épineuse
» Partout vont hérisser la Terre infructueuse.
» La Terre t'a produit , son sein te reprendra :
» L'Homme né de la poudre en poudre tombera. »
Ainsi ce Dieu , sévère à la fois et propice , Servait mais tempérait l'éternelle justice , Et , Âe l'horrible mort annonçant les fureurs , Éloignait sa menace et ses fléaux vengeurs.
Pourtant ce Dieu qui doit , s'humiliant lui-même , Servir , dans leurs besoins , des disciples qu'il aime , Pour ces infortunés , coupables envers lui , Daigne à cet humble emploi s'essayer aujourd'hui. Bientôt, de son haleine affligeant la Nature , L'aquilon va souffler la piquante froidure :
Ce Dieu bon , des hivers prévoyant la saison y Pour eux à la brebis emprunte sa toison ,
ao6 PARADIS PERDU ,
Et leur rend des frimas rinclémence moins rude : D'un amour paternel tendre sollicitude !
Mais c'est peu qu'à leurs corps il donne un vêtement : Leurs âmes ont perdu leur plus riche ornement , Il veut cacher leur honte , et malgré leur offense , Les pare aox yeux du Ciel de sa propre innocence, ' Son message est rempli ; du couple crimindi Il s'éloigne , il revole au sëjour paternel , Va de ses jugements rendre compte à son père , Achève , en l'embrassant , d'attendrir sa colère , Redouble auprès de lui ses prières , ses vœux , Et plaide encor pour l'Homme ingrat et malheureux.
Mais avant que le crime eût profane la Terre , Et provoqué l'arrêt du Maître du tonnerre »
Depuis que , menaçant le nouvel univers , Satan avait franchi les portes des Enfers , Leur passage était libre , et leurs gueules béantes Lançaient dans le Chaos leurs flammes dévorantes ; L'insolente Révolte et son horrible fils , En face l'un de l'autre , au seuil étaient assis. Tout à coup au Trépas la Révolte sa mère Adresse ce discours : « Eh quoi ! lorsque mon père , » Pour ses enfants diéris , dans des climats nouveaux , » Cherche un séjour plus doux et des mondes plus beaux, » Quelle indigne langueur en ces lieux nous arrête ? » Satan déjà sans doute en a fait la conquête :