LIVRE X. f i
» Autrement du Très-Haut le bras victorieux » L'eût dëjà replongé dans ce goulTre de feux. » Car quels lieux plus cruels , plus féconds en tortures , » Pouvait-il nous choi»r pour venger ses injures? » Oui , je crois déjà voir mon empire agrandi ; » Je le sens , je dois prendre un essor plus hardi ; » Il semble , pour voler vers ces plages nouvelles , >> Qu'un pouvoir inconnu vient me donner des ailes ^ » Et , par Pattrait puissant d'un charme impérieux , y> Comme au séjour natal me rappelle en ces lieux ; ^> Qu'à travers le Chaos une superbe voAte , » De^ deux mondes divers miraculeuse route , » Passe de l'un à l'autre , et , de ces noirs tombeaux , » Conduise un jour nos pas dans des climats plus beaux ! » Je ne crains ni dangers , ni fatigue , ni peine ; » Et, sij'encroismôn cœur , l'entreprise est certaine. » Le maigre et noir squelette , avec un rire affreux , Lui rq|K)nd : « Ton discours a prévenu mes vœux. Partons, me voilà prêt; sujg^s pas d'un tel guide ^ Tout chemin m'est facile, ^rien ne m'intimide. yTe crois déjà , je crois , plein d'un même transport, Flairer de loin ma proie ; une vapeur de mort , Du séjour de la vie , arrive à cette plage ; Déjà je bois le sang, et goûte le carnage. »
Il dit , et vers là Terre avidement tourné , £n aspire de loin le vent empoisonné.
ao8 PARADIS PERDU,
Tels , éïi foule accourus la veille des batailles ^
Des vautours ont senti Fodeur des funérailles ,
Et des morts qui bieatôt vont joncher les deux camps,
Promettent à leur faim les cadavres sauo^anks :
Avide , et tressaillant d'une iNirbare )oie ,
Tel le monstre farouche a pressenti sa proie ,
Et d'une odeur de mort du fond de sa prison ,
Hunic , le front levé , l'impure exhalaison.
Soudain d'un vol bruyant partent les deux fantômes|
Tous deux du vieux Chaos traversent les royaumes :
Rien ne peut'âtrêter leur vol impétueux^
Bravant des corps rivaux le choc tumultueux ,
Tous deux s'en vont chassant , dans l'abîme qui gronde ,
Les tourbillons de l'air , les tempêtes de l'onde ;
Et roulent devant eux cette orageuse mer
Qui s'étend de la Terre aux portes de l'Enfer.
Ainsi , sur l'Océan que tourmente leur rage ,
Deux vents , rivaux fougueux , soufflent un double orage ;
Tels en rochers de glaoj^ls entassent ces flots ,
Des froides mers du n^W. éblouissant chaos ,
Qui j des navigateurs barrière insurmontable ,
Leur ferment du Catay la route impraticable.
Soudain le Trépas fond sur l'abîme grondant ; De sa froide massue , émule du trident , 4^
Frappe , enchaîne , condense en montagnes de glace Des corps accumulés la gigantesque masse.