‹ Paradis perdu (volume 2)Chapitre 82 sur 131 · LIVRE X. !.ii · texte numérisé non relu

LIVRE X. !.ii

Sous uir feuillage vain cacher leur déshonneur. Mais, dès qu'il aperçut leur juge, leur Seigneur, Descendre sur la Terre , une frayeur subite Avait loin de ses yeux précipité sa fuite :

Tant Taspect foudroyant du Dieu qu'il a bravé Reste encore en son cœur profondément gravé.

Enfin , l'arrêt porté , dans la nuit ; le perfide S'était glissé près d'eux , et, d'une oreille avide , Tandis qu'il écoutait leurs discoucs douloureux , Lui-même de son sort il fut instruit par eux , Et sut que l'Eternel avait , dans sa prudence , Pour des temps éloignés réservé sa vengeance. Aussitôt il triomphe : à l'Enfer qui l'attend , Il brûle d'annoncer son succès éclatant.

Voilà qu'au bord du pont que bâtit son audace Se présente à ses yeux son exécrable race.

De l'horrible famille , ô quel fut le plaisir ! Surtout de quel transport Satan se sent saisir , Lorsqu'à ses yeux surpris tout à coup se présente Du pont qu'elle éleva la structure imposante ! Il ne se lasse point de voir et d'admirer.

Celle enfin que les Cieux le virent adorer , La Révolte s'approche et lui tient ce langage :

<c Admire dans ce pont ton magnifique ouvrage , » Oui , le tien ; oui , l'Enfer te doit ce monument : » Tu sais quels doux rapports , quel tendre sentimeat

a 12 PARADIS PERDU,

» Par des nœuds éternels nous attachent ensemble ;

» Même vœu , même espoir , même sort nous rassemble.

» Aussi quand loin de toi des présages secrets

» Avertirent mon cœur de tes heureux succès

» (Et ton aspect ici confirme mon augure),

» Soudain le cri du sang, la voix de la Nature ,

» Un charme impérieux , m'appelèrent vers toi :

» Des mondes vainement te séparaient de moi ,

» A vivre loin de toi rien ne put me résoudre ;

» Le sort forma nos nœuds , rien ne peut les dissoudre :

» L'Érèbe, le- Chaos ne m'arrêtèrent pas.

» Tous les deux nous brûlions de marcher sur tes pas ;

» Enfermés si long-temps dans ces prisons affreuses ,

» Si nous avons franchi leurs routes ténébreuses ,

» Nous le devons à toi ; c'est par toi que nos mains

» Ont de tes noirs états reculé les confins ;

» Par toi , ce pont hardi , ce monument sublime ,

» Étonna le Chaos, et régna sur l'abîme.

» De Dieu, dans son ouvrage , heureux triomphateur ,

» Toi seul , de nos revers humilias l'auteur ;

» Maître de dittc Terre , enfin , par tes conquêtes y

» Tu consoles nos maux et venges nos défaites ;

» Tu règnes ici-bas , et tu servais aux Cieux.

» Laisse dans son palais ce roi victorieux ;

» Ainsi l'a des combats décidé la fortune :

» Ils nous épargne au moins sa présence importune.

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