‹ Paradis perdu (volume 2)Chapitre 83 sur 131 · LIVRE X. ii · texte numérisé non relu

LIVRE X. ii

» De son pouvoir ici tranquille successeur , » Lui-même t'en laissa le libre possesseur ; » Avec tes grands desseins sa volupté conspire ; » Il veut qu'entre vous deux , vous partagiez l'empirff: » Loin de décourager tes glorieux essais , yy Son triomphe lui-même assure tes succès ; » Ou , s'il tentait encor les hasards de la guerre , » Qu'il sache ce que peut l'Enfer joint à la Terre. » Le fier Satan répond : « Fille charmante! et toi, » Que par un double nœud le sang unit à moi ! » A ces nobles liens vos exploits feront croire. » Ennemi du Très-Haut (et Satan en fait gloire), » Combien ne doîs-je pas à vos généreux soins! » Vos amis de l'Enfer ne vous doivent pas moins. » Ces deux mondes rivaux , grâce à votre industrie , » Ne sont qu'un même état , qu'une même patrie. » Le Ciel a vu de près vos exploits triomphants , » Et mon orgueil charmé jouit dans mes enfants. » Allez donc ; et tandis qu'aux rives infernales , » Où mènent de ce pont les arches triomphales , » J'irai conter leur gloire et mes heureux travaux , » Vous , marchez à travers tous ces mondes nouveaux ; >> Cherchez du frais Eden les riantes demeures ; » La , coulez désormais de plus aimables heures ; » Là , fixez vos destins ; goutez-y pour jamais » Les charmes du pouvoir , le calme de la paix,^

2i4 PARADIS PERDU,

» De là , régnez sur Taîr , et commandez à Tonde , » Surtout à ce vaincu qu'on nomme roi du monde ; » Accablez-le de fers , d'opprobres et de maux , :» Et pour jamais , enfin , détruisez vos rivaux : » Je vous remets mes droits , faites en mon absence » Reconnaître Satan , respecter sa puissance. :» Que mon autorité se partage entre tous; » Vous régnerez par moi , je régnerai par vous. » De noa pouvoirs unis si la force conspire , » De quel éclat nouveau va briller cet empire! 5) Allez , soyez heureux , soyez dignes de moi ; » Honorez votre père, et servez votre roi. »

Il dit : dans un'chemin bordé d'astres sans nombre Ils volent ; devant eux s'étend un voile sombre ; Le Soleil en pâlit , l'air en est infecté.

Cependant, sur l'abîme en triomphe porté, Satan poursuit sa route au ténébreux rivage.

En vain le noir Chaos, contre un pont qui l'outrage , Grande , écume , et le bat de ses flots courroucés Qui, toujours menaçants, sont toujours repoussés. Satan enfin arrive à la porte fatale :

Il entre , les gardiens de la rive infernale Avaient quitte ces lieux; le peuple des Enfers, Laissant leurs murs sans garde , et leurs confins déserts, Au centre de l'empire errait sous ces portiques , De leur monarque absent demeures magnifiques :

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