LIVRE X. ai
Une garde y veillait ; tous les chefs de Tétat Inquiets du retard de leur grand potentat , Dans ce palais pompeux délibéraient ensemble. Là , de leur souverain l'ordre exprès les rassemble ; Lui-même , à son départ pour des mondes lointains , Leur avait de l'état confié les destins.
Tous les cœurs attendaient avec impatience Qu'un retour si tardif leur rendît sa présence. 11 vient ; d'un Ange obscur il emprunte les traits , Glisse à travers la foule , entre dans le palais , Observe , inconnu d'eux , tous les grands de l'empire ^ Monte enfin et s'assied sur un trône où respire Toute la majesté qui sied au nom royal :
L'or et la pourpre ornaient le siège impérial. Là, sans se dévoiler, sans rompre le silence, 11 promène ses yeux sur cette foule immense.
Soudain , tel qu'échappé de son nuage obscur , Un astre reparaît plus brillant et plus pur , Il éclate , il se montre en des fldts de lumière% Ptestes éblouissants de sa splendeur première. A peine il a paru de gloire environné , Tout ce peuple aussitôt vers son roi s'est tourné : De leurs cris redoublés la voûte au loin résonne. Au même instant, les chefs, soutiens de sa couronne , Descendent de leur trône , et , lui prouvant leur foi^ D'un murmure d'amour environnent leur roi.
aiG PARADIS PERDU,
Tout à coup il étend sa main majestueuse ; A ce signe se tait sa cour respectueuse.
« Trônes , principautés , rois , dominations ; » Ces titres, leur dit-il , ne sont point de vains noms ; » Non , je vous donne ici des titres véritables , » De votre antique rang attributs respectables ; » Car mes heureux succès ont passé mon espoir : ^> Oui , j'ai rempli vos vœux , j'ai rempli mon devoir. n Vous donc , d'un Dieu jaloux courageuses victimes , » Vainement sa colère a creusé ces abîmes :
» De la profonde horreur de cet affreux séjour, » C'est moi, c'est votre roi qui va vous rendre au jour ; » Un monde vous attend , au sortir des supplices , » Dont votre Ciel natal envîrait les délices. » Par combien de périls, d'ennuis et de travaux , yi J'ai trouvé, j'ai conquis ces royaumes nouveaux! » Tantôt forcé d'errer dans le néant du vide , » Tantôt dans le Chaos voyageur intrépide , » J'errais et subjuguais les bouillons orageux » Qu'embrasse enfin un pont, monument courageux » Bâti par le Trépas secondé de sa mère , » Où vient des flots grondants expirer la colère ; » La voûte vous présente un facile chemin :
» Mais moi seul , enfoncé dans des gouffres sans fin , » Hardi nocher , vainqueur d'une onde innavigable , » Il m'a fallu voguer d'une aile infatigable