‹ Paradis perdu (volume 2)Chapitre 85 sur 131 · LIVRE X. ai · texte numérisé non relu

LIVRE X. ai

» A travers ces torrents , ces fougueux tourbillons ;

» Tracer à longs détours de pénibles sillons

» Dans le sein du Chaos , de la nuit éternelle

» ( Car la Nuit envieuse et le Chaos rebelle

» Craignaient à mes regards de trahir leurs secrets ,

» Et m'opposaient du sort les augustes décrets).

» Mais enfin, j'ai vaincu; j'ai découvert un monde ,

» Mélange heureux de l'air, de la terre et de l'onde.

j> De ce monde enchanteur paisible souverain ,

» L'Homme , en des bois fleuris et sous un ciel serein ,

» De ses trésors naissants savourait les prémices ,

» Et c'est à nos malheurs qu'il devait ces délices !

» Son bonheur m'irritait ; par un fruit défendu

» J'ai tenté sa faiblesse , et ce fruit l'a perdu.

» Qui l'aurait pu penser ? sa ridicule offense

» A d'un roi ridicule irrité la vengeance.

» Ces favoris à peine établis dans ces lieux ,

» Lui-même nous les livre , et leur monde avec eux.

» J'ai conquis sans combat leur immense héritage ,

» Et la Terre aux Enfers est échue en partage.

» Dirai-je de ce Die^l'étrange jugement?

» Un être sans raison, mon aveugle instrument,

» A porté sur lui seul le poids de sa justice.

» A des temps incertains renvoyant mon supplice ,

» Entre l'Homme et ma race il met l'inimitié ;

» De mon dard quelque jour je dois blesser son pié;

ai 8 PARADIS PERDU ,

» De son pied quelque jour il doit fouler ma tête. » Ai-je donc trop du monde acheté la conquête ? » Ce beau lieu vous attend : partez ; je vous promets » Des torrents de bonheur et des siècles de paix. »

A ces mots il se tait ; il attend qu'on éclate En acclamations dont son orgueil se flatte : Mais quand il se promet des applaudissements. L'air soudain retentit d'horribles sifflements. A ce bruit imprévu Satan surpris se trouble ; Mais combien sa suprise et sa honte redouble , Lorsqu'il sent tout à' coup, par un cruel affront. Se rétrécir sa tête et s'allonger son front!

Ses bras collés aux flancs , ses pieds roulés ensemble Traînent en longs replis le corps qui les rassemble* De son trône sans gloire il s'élance , il s'abat : Sous sa forme rampante en vain il se débat ; La main du Tout-puissant sur lui pèse et le dompte ; Ce qui fit son succès, aujourd'hui fait sa honte. Il veut parler ; trois dards , qu'il agite à la fois , Remplacent en sifflant l'organe de sa voix :

Dans le même destin, rois, fl|ets se confondent. Aux sifflements aigus les sifflements répondent; L'un par l'autre saisis, l'un par l'autre embrassés Tous par d'horribles nœuds se sont entrelacés. De leurs sinistres sons tout le palais résonne , Xa Nature en frémit, l'Enfer même s'étonne;

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