LIVRE X. • a3i
Déchiré de remords , sur la terre étendu ,
Il implore le coup , si long-temps suspendu ,
Qui doit finir ses maux en détruisant son être :
Il maudit mille fois le jour qui Ta vu naître.
a Dieu puissant! ton courroux , ou plutôt ta bonté ,
» M'avait promis la mort ; aurais-je en vain compté
» Sur ce triste bienfait? d'où vient que ta juslice,
» Si Je l'ai mérité , difï^re mon supplice ?
» Vainement de la mort j'invoque le secours :
» Toujours sollicitée , elle me fuit toujours ;
» Elle est sourde à ma voix , et se rit de mes peines.
» O vallons! ô coteaux! ô forets! à fontaines !
» Où sont ces doux accents qu'ont redits tant de fois
» Les échos de ces monts, la voûte de ces bois ?
» Vous ne répondez plus à mes chants d'allégresse ;
» Témoins de mes plaisirs, ah! voyez ma tristesse! »
Tandis qu'Adam succombe au poids de son malheur ^ Eve , qui loin de lui renfermait sa douleur , Accourt pour adoucir le tourment qui l'accable. Adam la voit Venir ; « Fuis , serpent détestable ! » Lui dit-il d'un accent et d'un œir irrité; » Oui , ce nom est le tien , tu l'as trop mérité : » Le serpent fit mes maux , et tu fus sa complice ; )• Ta lâche cruauté l'égale en artifice.
» Que n'ai-je mieux connu tes perfides attraits? » Ainsi que son poison que n'avais-tu ses traits?"
» Hélas! sans ta beauté , cette beauté divine
» Qui faisait mon bonheur , et cause ma ruine,
» Mon cœur eût évité ton piège insidieux :
» L'Enfer est dans ton cœur et le Ciel dans tes yeux.
» Beauté qui m'as séduit, et que mon cœur abhorre,
» Hélas j'étais heureux ; je le serais encore ,
» Si d'errer loin de moi l'indocile désir
» Ne t'avait fait ailleurs chercher un vain plaisir ;
» Si l'obstination d'un orgueil téméraire ,
» Ne t'eût fait dédaigner un avis salutaire ;
» N'eût fermé ton oreille à la tendre frayeur
» Qui me parlait pour toi dans le fond de mon cœur !
» N'a vais- je pas assez averti ta faiblesse?
» Ta rebelle imprudence a vaincu ma sagesse.
» Qui sait même , qui sait si tu ne voulais pas
» Faire aux yeux de Satan triompher tes appas ,
» Peut-être le tenter , le séduire lui-même ?
» Mais de l'adroit serpent le fatal stratagème
» Te jeta dans le piège; et moi, trop faible époux,
» Te laissai sans défense exposée à ses coups !
» J'ai cru que ta vertu, plus ferme, plus prudente,
« D'un péril annoncé sortirait triomphante.
» Crédule , j'ignorais ( pourquoi me l 'appris-tu ? )
» Combien est vain l'éclat de ta fausse vertu!
» Pourquoi ton sexe ingrat, malheureux que nous somme:
» Ignoré dans les Gieux, règne-t-il chez les hommes?