LIVRE X. a
» Le Ciel ne pouvait-il , de ses fécondes mains ;
» Comme les esprits purs, propager les humains?
» Ah! pourquoi la Nature , ô Dieu! vit-elle éclore
» Ce sexe qui la pare et qui la déshonore?
» O sexe dangereux, qui nous plais et nous perds,
» Que de maux vont par toi désoler l'univers !
» L'intérêt marchandant des épouses vénales ,
» Les refus des parents , les chaînes inégales,
» Le caprice au hasard assortissant les cœurs ,
» Les superbes dédains , les fantasques humeurs ,
» D'une altière beauté les hauteurs despotiques,
>y L'aigreur empoisonnant les douceurs domestiques;
» Voilà quel sort attend d'infortunés époux ;
» Et par toi ces malheurs ont commencé dans nous! »
Il dit, et se détourne; Eve alors fond en larmes, Ses beaux cheveux épars ajoutent à ses charmes ; Elle tombe à ses pieds, embrasse ses genoux; Et de l'air le plus humble et du ton le plus doux : « Cher Adam, prends pitié de ma douleur extrême! » J'en atteste le Ciel , qui sait combien je t'aime , « Et pour toi quel respect est gravé dans mon cœur. » Ma faute fut bien moins un crime qu'une erreur : » L'imprudence la fit, que le remords l'efface. » Vois mes larmes couler sur tes pieds que j'embrasse ; 3) Assez de maux sur moi tombent de toutes parts; » Ne me refuse pas tes consolants regards ;
a34 PARADIS PERDU ;
» Toi seul es mon conseil , mon guide , ma ressource :
» D'un reste de bonheur ne ferme point la source.
» Dans ce monde désert tout me glace d'effroi ;
» Ah! ne repousse point un cœur qui vient à toi!
» Où fuir, si mon époux me défend de le suivre?
» Peut-être nous n'avons que peu d'instants à vivre ;
» Ah! qu'aujourd'hui nos vœux et nos cœurs ne soient qu'un
» Nous avons à lutter contre un danger commun :
» Cet ennemi du Ciel, il est aussi le nôtre ;
» Pour le combattre mieux, liguons-nous l'un et l'autre;
» Pour la seconde fois ne nous séparons pas;
» J'ai failli loin de toi , je vaincrai sur tes pas.
» Hélas! d'un double poids l'infortune m'accable :
3» Je suis la plus à plaindre , étant la plus coupable.
» Comme moi tu péchas contre le Ciel ; et moi ,
» Criminelle envers lui , je le suis envers toi.
» Aux lieux où l'Eternel prononça la sentence ,
» J'irai, j'irai fléchir, s'il se peut, sa vengeance ,
» Lui dire que moi seule ai provoqué ses coups,
» Que sur moi seule aussi doit tomber son courroux :
» Heureuse , s'il exauce un vœu si légitime ,
» D'emporter en mourant le pardon de mon crime ! »
Elle dit, et sa voix expire dans les pleurs.
Son maintien suppliant , ses remords , ses malheurs , Ses accents douloureux , l'aveu de sa faiblesse , Ont dans le cœur d'Adam réveillé la tendresse r