‹ Paradis perdu (volume 2)Chapitre 97 sur 131 · LIVRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE ONZIÈME

Ainsi que la rosée en nos champs répandue ,

Du sein de l'Eternel la grâce descendue,

Au couple infortuné touché de ses erreurs ,

Avait rendu Tespoir , le remords et les pleurs.

Soumis, agenouillés, ils priaient; leur prière,

Franchissant d'un plein vol les champs de la lumière ,

Malgré les vents jaloux, sur des ailes de feu.

Part , vole , monte , arrive aux portes du saint-lieu ;

Là , du temple divin le pontife suprême ,

Heureux médiateur , fils de Dieu , Dieu lui-même ,

Sur l'autel d'or où fume un encens éternel ,

La bénit et la porte aux pieds de l'Eternel.

« O mon père! sur moi tourne des yeux propices !

» De la grâce du Ciel je t'offre les prémices;

» Reçois du repentir la prière et les vœux,

» Fruits divins de la grâce , et plus chers à tes yeux ,

» Que ces terrestres fruits qu'en son séjour champêtre ,

» L'homme encore innocent présentait à son maître.

» Vers son trône indulgent leurs vœux ont pris l'essor ;

» Parmi les doux parfums dont fume l'autel d'or,

aSa PARADIS PERDU,

» J'ai moi-même reçu , j'ai béni leurs demandes^r

» Du repentir sincère accepte les offrandes ;

» Que son humble soupir par toi soit entendu!

j> De leur douleur muette interprète assidu,

» Je parlerai pour eux : Oui , ton fds pour leur crime

» Sera Tintercesseur , le prêtre et la victime;

» Dès ce jour je leur voue et ma vie et ma mort ;

» Justes ou criminels, je prends sur moi leur sort;.

» J 'épurerai le bien , réparerai l'offense ;

» Le supplice d'un Dieu leur rendra l'innocence ;

» Sans être exempts de maux, du reste de leurs jours,

» Punis , mais résignés , qu'ils achèvent le cours :

» Qu'ils meurent; car ton fds demande à ta clémence

» D'adoucir et non pas d'annuler leur sentence.

» Mais un jour au bonheur ils renaîtront par moi,

» Réunis à ton fils , comme ton fils à toi. »

^ « Ce qu'implorent tes vœux, mon fils, je te l'accorde ;

» Oui, déjà ma justice et ma miséricorde

» Ont décidé leur sort ; mais du riant Eden

» Ces prévaricateurs quitteront le jardin :

» La sainteté du lieu repousse leurs souillures ;

» Oui, des mets plus grossiers, des régions moins pures,

» Conviennent désormais à leur être mortel.

» Par eux seuls, du péché le souffle criminel

» A flétri la nature , et sa vapeur immonde

» Souilla de ses poisons l'innocence du mondQ ;

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