LIVRE ONZIÈME
Ainsi que la rosée en nos champs répandue ,
Du sein de l'Eternel la grâce descendue,
Au couple infortuné touché de ses erreurs ,
Avait rendu Tespoir , le remords et les pleurs.
Soumis, agenouillés, ils priaient; leur prière,
Franchissant d'un plein vol les champs de la lumière ,
Malgré les vents jaloux, sur des ailes de feu.
Part , vole , monte , arrive aux portes du saint-lieu ;
Là , du temple divin le pontife suprême ,
Heureux médiateur , fils de Dieu , Dieu lui-même ,
Sur l'autel d'or où fume un encens éternel ,
La bénit et la porte aux pieds de l'Eternel.
« O mon père! sur moi tourne des yeux propices !
» De la grâce du Ciel je t'offre les prémices;
» Reçois du repentir la prière et les vœux,
» Fruits divins de la grâce , et plus chers à tes yeux ,
» Que ces terrestres fruits qu'en son séjour champêtre ,
» L'homme encore innocent présentait à son maître.
» Vers son trône indulgent leurs vœux ont pris l'essor ;
» Parmi les doux parfums dont fume l'autel d'or,
aSa PARADIS PERDU,
» J'ai moi-même reçu , j'ai béni leurs demandes^r
» Du repentir sincère accepte les offrandes ;
» Que son humble soupir par toi soit entendu!
j> De leur douleur muette interprète assidu,
» Je parlerai pour eux : Oui , ton fds pour leur crime
» Sera Tintercesseur , le prêtre et la victime;
» Dès ce jour je leur voue et ma vie et ma mort ;
» Justes ou criminels, je prends sur moi leur sort;.
» J 'épurerai le bien , réparerai l'offense ;
» Le supplice d'un Dieu leur rendra l'innocence ;
» Sans être exempts de maux, du reste de leurs jours,
» Punis , mais résignés , qu'ils achèvent le cours :
» Qu'ils meurent; car ton fds demande à ta clémence
» D'adoucir et non pas d'annuler leur sentence.
» Mais un jour au bonheur ils renaîtront par moi,
» Réunis à ton fils , comme ton fils à toi. »
^ « Ce qu'implorent tes vœux, mon fils, je te l'accorde ;
» Oui, déjà ma justice et ma miséricorde
» Ont décidé leur sort ; mais du riant Eden
» Ces prévaricateurs quitteront le jardin :
» La sainteté du lieu repousse leurs souillures ;
» Oui, des mets plus grossiers, des régions moins pures,
» Conviennent désormais à leur être mortel.
» Par eux seuls, du péché le souffle criminel
» A flétri la nature , et sa vapeur immonde
» Souilla de ses poisons l'innocence du mondQ ;