‹ Paradis perdu (volume 2)Chapitre 98 sur 131 · LIVRE XI. à · texte numérisé non relu

LIVRE XI. à

» L'Homme sera puni par les maux qu'il a faits.

» De moi l'Homme naissant reçut deux grands bienfaits,

» Le bonheur , et le don d'une vie étemelle :

» Dépouillé du bonheur , sa durée immortelle

» Serait un long tourment; et le Ciel comme un port ;

» Lui voulut accorder le bienfait de la mort.

» Mais si d'un lonç combat sa foi sort triomphante ;

» Un Ciel pur , au sortir d'une terre innocente ,

» Sera sa récompense , et mes élus un jour ,

» D'un peuple de mon choix composeront ma cour.

» Le Ciel a déjà vu la Révolte punie ;

» De la Terre à son tour elle sera bannie ;

» Et de mes châtiments l'exemple répété

» Affermira le zèle et la fidélité. »

Il dit : son fils s'incline au signal qu'il lui donne ) Des Cieux aux même instant la trompette résonpe , Trompette formidable , et qu'Horeb entendit Quand sur le mont sacré l'Eternel descendit , « Et qui, des morts un jour réveillant la poussière, Doit du monde embrasé sonner l'heure dernière ! Par son souffle puissant le céleste héraut A peine a proclamé les ordres du Très-Haut , Au son que fait ouïr la trompette éclatante Le Ciel au loin répond ; des bosquets d'amarante , Du fleuve de la vie où le peuple des Cieux Boit du plus pur nectar l'ambre délicieux ,

a5^ PARADIS PERDU,

Des fils de la lumière accourt la foule immense* Tous sur leurs sièges d'or se placent en silence , Et, du trône d'où part le destin des mortels, Dieu prononce en ces mots ses ordres solennels :

« Mes fils , vous le voyez ; brûlant de tout connaître ; » L'Homme insensé voulait s'approcher de son maître ; » Qu'il soit vain de connaître et le bien et le mal! » O combien ce savoir lui doit être fatal !

» Et qu'il eût mieux valu qu'en sa douce ignorance » Son tranquille bonheur eût gardé l'innocence ! » Maintenant les remords s'éveillent dans son cœur ^ » Et ses pleurs suppliants conjurent ma rigueur ; » Mais si je pardonnais , de l'arbre de la \de » Le fruit pourrait tenter leur imprudente emâc , » Ef le bienfait cruel de l'immortalité » Prolongerait leurs jours et leur calamité.

» De mes fiers Chérubins prends avec toi l'élite ; » Pour protéger Eden qu'elle marche à ta suite. » Point de grâce; va, pars, et bannis à l'instant D De ce séjour sacré ïe profane habitant :

» Mais n'arme point tes yeux d'un regard trop sévère; » En punissant leur crime , épargne leur misère : » Le cri de leur remords est monté jusqu'à moi. » Si leur docile cœur se soumet à ma loi , » Console leur malheur; qu'à leur âme craintive » Brille d'un sort plus doux l'heureuse perspective ;

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