‹ Paradis perdu (volume 2)Chapitre 99 sur 131 · LIVRE XI. aSà · texte numérisé non relu

LIVRE XI. aSà

it Et montre-leur de loin ce pacificateur , » Entre le Ciel et PHoinmc heureux médiateur. » Pars , aux portes d^Eden , du côté de Faurore , » Oppose à Fennemi qui le menace encore » De brûlants Séraphins un bataillon armé; » Dans Tarsenal des Cieux prends ton glaive enflammé ; » Et que le fer yengeur, daAs ta main foudroyante , » Darde en flèches de feu sa clarté flamboyante. » Ferme tous les accès ; crains que F Ange infernal » Par le perfide appât d'un fruit non moins fatal , » Ne trompe ces époux , et , par ce nouveau piège j » Ne tente encor leur soif et leur faim sacrilège. »

Il parle : au même instant le brillaiit Chérubin Range , prêt à partir , son cortège divin.

Chacun a quatre fronts ; sur leurs corps et leurs ailes Brillent des yeux sans nombre , assidus sentinelles.

Le jour venait de naître , et semait en riant Les calices des fleurs des perles d^Orient.

Éveillé par l'éclat de Faube matinale , Adam aux doux tributs des parfums qu'elle exhale , Avait mêlé ses vœux; une heureuse vigueur Renaissait par degrés dans le fond de son cœur ^ Et , mettant la tristesse et la joie en balance , Joignait à sa terreur un rayon d'espérance.

Alors à son épouse il adresse ces mots , Qui j comme un baume pur, adoucissent ses maux :

û56 Paradis perdu,

« Eve , quels biens sur nous Dieu se plaît à répandre ! » Et nous, pour tant de biens , qu^avons-nous à lui rendre f. » Que dis-je? pour lui plaire et fléchir sa rigueur y » Nous avons Toraison , noble attribut du cœur. » Un seul gémissement élancé de la Terre » Va dans sa main terrible éteindre le tonnerre t » Je réprouvai moi-mêmef et lorsqu'à deux genoux » Mon malheur suppliant conjurait son couroux , » Je l'ai vu de son front écarter les nuages y » Et d'un air de bonté sourire à mes hommages. » Il m'a rendu l'espoir ; l'espoir me rend la paix. » J'entends encor ces mots , gage de ses bienfaits : » Le serpent doit pÉRm écrasé par la femme.

» Ce mot , que la terreur effaça de mon âme y » Retentit de nouveau dans mon cœur soulagé : » Oui, l'Homme fut séduit, l'Homme sera vengé; » Je redoutais la mort , et j'espère la vie.

» Et toi , du genre humain mère à jamais bénie , » Eve, de ce beau nom que j'aime à t'honorer! » Et l'Homme et l'univers, tu vas tout réparer! »' Eve , les yeux baissés , répond d'un ton modeste : « Cher Adam , quoi ! l'auteur de ta chute funeste^ » Qui , né pour ton bonheur , fit ta calamité , » Tu lui parles encore avec tant de bonté !

» Eve peut être encor la source de la vie!

» Ah! mon juste salaire était l'ignominie^

^ Et ïiQlï ces riôms si doux et ces titres d'honneur : » Mais allons; ce jardin qui fit notre bonheur , » Et Tobjet aujourd'hui d'une ingrate culture , » Attend que nos travaux y domptent la Nature. » Quel triste jour va suivre une nuit sans sommeil ! *> Sans pitié pour nos maux, exacte à son réveil , » L'Aurore au char du. jour vient ouvrir les barrières^ » Avant qu'un doux repos ait fermé nos paupières ! » Viens donc , et reprenons nos travaux suspendus; » Cher époux , désormais je ne te quitte plus. » Oui > ton œil près de toi me verra dès l'aurore ; » Au coucher du Soleil tu me verras encore. » Coulons en paix ici nos jours laborieux ; » Dieu nous permet de vivre en ces aimables lieux ; » Achetons leur bienfait , quelque soin qu'il nous coûte; i> Puisqu'il nous les laissa, Dieu nous aime sans dout^. » Des biens plus précieux manquent à leurs attraits : ' » Mais n'allons pas aux maux ajouter les regrets. ». Ainsi, les yeux baissés, Eve, tendre et soumise > Entretenait Adam : mais quelle est sa surprise , Quand le monde changé n'offre plus à son œil Que des sujets de crainte et des marques de deuil ! L'aube naissante à peine a commencé d'éclore , La nuit revient noircir les roses de l'aurore : Un aigle tout à coup du haut d'un ciel brûlant S'abat sur deux oiseaux au plumage brillant :

a58 PARADIS PERDU ,

Le lion , qui déjà cherche en grondant sa proie ^ Descend du haut des monts , et , rugissant de joie , Poursuit deux jeunes faons qui , sYchappant soudain , ^ Se sauvent tout tremblants vers la porte d'Éden. Adam les suit des yeux et , troublé du présage , A sa timide épouse adresse ce langage :

« Chère Eve ! tu le vois , du céleste couroux , » Quand TËternel se tait, tout parle autour de nous; j> Par des signes affreux le monde le proclame , » Et le cri de la mort retentit dans mon âme. » Ah! sans doute Dieu craint qu'en une fausse paix j» L'homme n'espère vivre au gré de ses souhaits ; » En vain de notre mort il a retardé l'heure , » Un jour notre berceau sera notre demeure :

» De la Terre sortis , à la Terre rendus , » Yoilà notre destin ; mais ses coups suspendus » Quand doivent-ils tomber ? vers le terme funeste » Quel chemin nous prescrit sa volonté céleste ? » Quelle sera la >ie, et quand viendra la mort? » Sous un nuage épais il cache notre sort :

» L'avenir est douteux , mais la mort est certaine ; > Oui , j'en prends à témoin ce double phénomène , » Et ces hôtes tremblants de la terre et de l'air , » Sur qui leurs ennemis fondaient comme l'éclaii' , » Qui du même côté , dans leur frayeur subite , >' Tous deux, au même instant, précipitaient leur fuite :

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