‹ Paradoxe sur le comédien. Ed. critique avec introd., notes, facimiléChapitre 11 sur 13 · V.va · texte numérisé non relu

V.va

' Le comédien dans la vue et sur la scène. -Tombe avec décence et molesse.

^Aux applaudissemens d'un amphithéâtre.

* Avec grâce et noblesse.

l'AlîADOXE SUR LE COMEDIEN'

Texte de la Covrespoudance de Grimm.

Qui est-ce qui remplira votre attente ? Est-ce l'altiiète que la sensibilité décompose et que ladouleursubjugue, ou l'athlète académisé qui pratique les leçons sévères de la gymnastique jusqu'au dernier soupir ? Le gladiateur ancien comme un grand comédien, un giand comédien ainsi que le gladiateur ancien ne meurent pas comme on meurt sur un lit ; ils sont forcés de jouer une autre mort pour nous plaire ; et le spectateur délicat sentirait que la vérité d'action dénuée de tout apprêt est petite et ne s'accorde pas avec la poésie. Du reste, ce n'est pas que la pure nature n'ait ses moments sublimes ; mais je conçois que si quelqu'un est sûr de leur conserver leur sublimité, c'est celui qui les aura pressentis et qui les rendra de sang -froid. Cependant je ne répondrais pas qu'il n'y eût une espèce de mobilité d'entrailles acquise et factice ; mais si vous m'en demandez mou avis, je la crois presque aussi dangereuse que la sensibilité naturelle. Elle doit à la longue jeter l'acteur dans la manière et la monotonie ; c'est ce qui ne peut être évité que par une tète de glace.

Manuscrit de Xaif/eoti.

attente? Sera-ce l'athlète que la douleur subjugue et que la sensibilité décompose ? Ou l'athlète académisé qui se possède et pratique les leçons de la gymnastique en rendant le dernier soupir? Le Gladiateur ancien comme un grand comédien, un grand comédien ainsi que le gladiateur ancienne meurentpas commeonmeurtsur un lit, mais sont tenus de nous jouer une autre mort pour nous plaire ; et le spectateur délicat sentiroit que la vérité nue ', l'action dénuée de tout apprêt, seroit mesquine et contrasteroit avec la poésie du reste.

Ce n'est pas que la pure nature n'ait ses momens sublimes, mais je pense que s'il est quelqu'un sûr de saisir et de conserver leur sublimité, c'est celui qui les aura pressentis d'imagination ou de génie et qui les rendra de sang froid-.

Cependant je ne nierois pas qu'il n'y eût une sorte de mobilité d'entrailles acquise ou factice, mais si vous m'en demandez mon avis, je la crois presque aussi dangereuse que la sensibilité naturelle.

Elle doit conduire peu à peu l'acteur à la manière et à lamonolonie.C'estunélément contraire à la diversité des fonctions d'un grand comédien ; il est souvent obligé de s'en dépouiller ; et cette abnégation de soi n'est possible qu'à une tête de fer.

Var .

^Sentiroit que la vérité d'action dénuée de tout apprêt. — L'addition du mot « nue », mis au-dessus du texte, a conduit au changement de d' en /' devant action. — Sur le manuscrit de Naigeon, celte seconde correction n'est pas faite.

2 Qui les aura pressentis d'imagination et qui les rendra de sang froid. — Les mots « ou de génie » ont été ajoutés au-dessus du texte.

Texte de la Correspondance de Grinnn.

Mais, me direz-vous, une foule d'hommes qui décèlent subitement, à leur manière, la sensibilité qu'ils éprouvent, font un spectacle merveilleux sans s'être concertés.

D'accord ; mais il le serait bien davantage, je crois, s'il y avait eu entre eux un concert bien entendu.

Manu>>crU de Naiç/eon.

Encore vaudroit-il mieux pour la facilité et le succès des études, l'universalité du talent, et la perfection du jeu, n'avoir point à faire cette incompréhensible distraction de soi d'avec soi, dont l'extrême difTiculté' bornant chaque comédien à un seul rôle, condamne les troupes h être très nombreuses, ou presque toutes les pièces à être mal jouées, à moins que l'on ne renverse Tordre des choses et que les pièces ne se fassent pour les acteurs qui, ce me semble, devroient tout au contraire, être faits pour les pièces. — Mais si une foule dhommes attroupés dans la rue par quelque catastrophe, viennent à déployer subitement et chacun à sa- manière leur sensibilité naturelle, sans s'être concertés, ils créeront un spectacle merveilleux, mille modèles précieux pour la sculpture, la peinture, la musique et lapoésie. — Il est vrai. Mais ce spectacle seroit-il à comparer avec celui quirésulteroil d'un accord bien entendu, de cette harmonie que Tartiste y introduira, lorsqu'il le transportera du carrefour sur la scène ou sur la toile ?Si vous le prétendez, quelle est donc, vous répliquerai-je, cette magie de l'art si vantée, puisqu'elle se réduit à gâter ce que la brute nature et un arrangement fortuit avoient mieux fait qu'elle.

Niez- vous qu'on embélisse la nature ?

N'avez-vous jamuis loué une femme en disant qu'elle étoit belle comme une vier-

Var.

' Distraction de soi d'avec soi, qui l)ornant, etc. — I,es motâ « dont l'extrême difficulté » ont t'té ajoutrs au-dessus du texte.

^Subilenientetà leur manière. —Les mots << chacun à sa -> sont au-dessus de « à leur » qui est raturé.

Texte de la Correspondance île Grioim.

D'ailleurs vous me parlez d'un instant fugitif, et moi je vous parle d'un ouvrage de l'art qui a sa conduite et sa durée. Prenez chacun de ces personnages, montrez-les-moi successivement, isolés, deux à deux, trois à trois ; abandonnez-les à leurs propres mouvements, et vous verrez la cacophonie qui en résultera ; et, si, pour obvier à ce défaut, vous les faites répéter ensemble, adieu leur propre caractère, adieu leur sensibilité naturelle, et tant mieux. C'est comme dans une société bien ordonnée, où chacun sacrifie de ses droils primitifs pour le bien et l'ensemble du tout. Or, qui est ce qui connaîtra le plus parfaitement la mesure de ce sacrifice ? L'homme juste dans la société, l'homme à tète froide au théâtre.

Manuscrit de Xaif/eon.

ge de Raphaël ?A la vue d'un beau paysage, ne vousêtes-vous pas écrié qu'il étoit romanesque ' ? D'ailleurs vous me parlez d'une chose réelle, et moi je vous parle dune imitation ; vous me parlez d'un instant fugitif- de la nature, et moi je vous parle d'un ouvrage de l'art projette, suivi, qui a sa conduite, et sa durée. Prenez chacun de vos acteurs ; faites varier la scène dans la rue comme au théâtre et montrezmoi vos personnages successivement, isolés, deux à deux, trois à trois ; abandonnez-les à leurs propres mouvemens ; qu'ils soient maîtres absolus de leurs action?, et vous verrez l'étrange cacophonie qui en résultera : pour obvier à ce défaut, les faites-vous répéter ensemble ? Adieu ^ leur sensibilité naturelle et tant mieux.

Il en est du spectacle comme d'une société bien ordonnée où chacun sacrifie de ses droits primitifs, pour le bien de l'ensemble et du tout. Qui est-ce qui aprétiera le mieux la mesure de ce sacrifice ? Sera-ce l'enthousiaste ? Le fanatique ?

Non certes* : dans la société ce sera Thom-

Var.

^ ?l'avez-vous jamais dit d'un paysage qu'il étoit romanesque. — Les mots soulignés ont été raturés et remplacés par l'autre leçon écrite au-dessus.

2 Vous me parlez d'un instant fugitif de la nature. — Le mot « instant » a été raturé, et tout ce qui a été ajouté au texte depuis « d'une chose » jusqu'à « d'un instant » est écrit en surcharge entre les deux lignes.

^ Adieu leurs caractères, adieu leur sensibilité. — Les deux mots « leurs caractères » ont été raturés ; adieu reste deux fois dans le texte, et peut-être doit-on lire : adieu, adieu leur sensibilité.

* Non certes, etc. Le premier texte était : i< non, ce sera l'homme juste dans la société, le comédien d'une tète froide autliéàtre. »

Texle de la Correspondance de Grimm.

l""^ novembre 1770.

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