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GENERALISATION
fort qui, capable d'une plus grande attention, observe les phénomènes plus avec les sens qu'avec l'image de souvenir toute faite dans sa conscience, et découvre que les phénomènes ne s'accordent pas avec l'hypothèse.
Ce qui, les choses se passant ainsi, excite le plus mon étonnement, c'est que les philosophes aient pu discuter violemment pendant des siècles laquelle est préférable, de la méthode inductive ou de la méthode déductive. L'induction consisterait en ce qu'on observe les faits sans préjugé et qu'on en déduit une loi; la déduction, en ce qu'on imagine une loi dans son esprit et qu'ensuite on l'applique tant bien que mal aux faits. Bacon de Vérulam passe pour le père de l'induction, déjà pratiquée d'ailleurs par Aristote ; les philosophes scolastiquos du moyen âge sont regardés comme les meilleurs modèles de penseurs déductifs, et cependant l'on pourrait trouver, à vrai dire, le premier exemple de déduction scientifique dans la composition pythagoricienne du phénomène cosmique d'après des idées arithmétiques préconçues. Mais, au fond, il s'agit seulement là d'un vain jeu avec des mots qui signifient absolument la même chose. Comment arrive-t-on à une déduction, c'est-à-dire à une idée généralisante des choses ? Evidemment par une impression sensorielle des choses, quoique par une
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observation inexacte. Les idées les plus saugrenues qu'on se fait des phénomènes ne peuvent prendre naissance que lorsqu'on a perçu les phénomènes. Ce sont donc des inductions, rien que des inductions. Ainsi, même l'idée pythagoricienne du rôle des nombres trois, sept et dix, est déduite de l'aperception sensorielle des trois dimensions, des phases de la lune et des doigts. Et qu'est-ce que l'induction? Le fait de déduire une notion d'une impression des sens ; l'élaboration d'un fait réellement perçu en un schéma, en une généralisation, en une représentation persistante avec lesquels l'esprit abordera désormais tous les faits semblables. Cette représentation préexistante que nous avons en nous avant d'avoir encore éprouvé la nouvelle impression sensorielle, qui est dérivée non du phénomène individuel, mais d'un autre qui l'a précédé, avec lequel il n'a en fait absolument rien de commun, c'est de la déduction, rien que de la déduction.
Laissez-moi donc tranquille avec votre jargon, car il ne signifie rien. Tout notre penser est toujours en même temps induction et déduction; il commence par des impressions des sens et des aperceptions, c'est-à-dire par l'induction, et il procède à leur généralisation, à leur élaboration en notions désormais préexistantes, c'est-à-dire à la déduction.
L'astronome qui, en vertu de la loi de gravitation
de Newton, calcule un orbite planétaire, et le nègre du Congo qui est persuadé que les Européens habitent le fond de la mer et en émergent pour venir chez lui , parce que , des vaisseaux qui arrivent, il voit d'abord surgir à Fhorizon les pointes des mâts, puis peu à peu les parties inférieures, et disparaître à l'inverse successivement jusqu'aux pointes des mâts les vaisseaux qui s'éloignent, cet astronome et ce nègre du Congo pratiquent absolument la même activité intellectuelle àla fois inductive et déductive. Tous deux observent des phénomènes et en tirent une hypothèse. Tous deux ajoutent aux faits sensoriellement perçus des traits qui en réalité ne leur sont pas propres, qu'ils n'y ont pas réellement perçus, qui n'existent que dans leur imagination. Nous disons, il est vrai : l'as- , tronome a raison et le nègre du Congo a tort. Mais quel est notre critérium ? L'hypothèse avec laquelle travaille l'astronome répond à tous les faits que nous connaissons, celle du nègre du Congo n'y répond pas. Si ce dernier savait que l'Européen est absolument constitué comme lui-même et ne peut vivre au fond de la mer; s'il savait ensuite que la terre est ronde et que sa courbure lui enlève peu à peu la vue du vaisseau qui s'éloigne ; ou enfin, s'il était venu lui-même une fois en Europe, il comprendrait qu'il se trompe et il trouverait une